3 juin 2026

Voix Panafricaine

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Pourquoi le Sénégal a perdu son titre de la can 2025 sur tapis vert

C’est un coup de théâtre qui secoue l’actualité Afrique francophone. Deux mois après avoir remporté la finale de la CAN 2025 sur le score de 1-0, le Sénégal se voit retirer son trophée. Le Jury d’appel de la Confédération africaine de football (CAF) a tranché : les Lions de la Teranga perdent le match par forfait (3-0) au bénéfice du Maroc. En cause ? Une interruption de jeu d’une dizaine de minutes durant laquelle l’équipe sénégalaise avait quitté la pelouse.

Cette sentence, appuyée sur les articles 82 et 84 du règlement de la compétition, crée un véritable séisme juridique. Elle contredit en effet le choix de l’arbitre de la rencontre, qui avait décidé de faire reprendre la partie et de la mener à son terme. Pour éclairer cette situation complexe, Abdoulaye Sakho, expert en droit du sport, analyse les ressorts de cette affaire qui interpelle les peuples africains attachés à l’équité sportive.

Les piliers juridiques d’une sanction historique

La décision du Jury d’appel repose sur le chapitre 35 du règlement de la Coupe d’Afrique des nations, traitant spécifiquement du retrait des équipes. Les articles 82 et 84 ont été les instruments de cette requalification. En vertu de ces textes, le jury a prononcé le forfait du Sénégal, homologuant un score de 3-0 pour la Fédération royale marocaine de football (FRMF).

Le point de friction réside dans la qualification des faits. Là où certains voient un simple incident de jeu, les instances juridiques ont retenu la notion de « retrait ». En droit du sport, cette distinction est fondamentale : elle détermine les sanctions applicables. C’est un diagnostic juridique précis qui change radicalement l’issue de la compétition, loin de la réalité observée sur le terrain.

Le pouvoir de l’arbitre face à la souveraineté de la CAF

Une question demeure : pourquoi avoir ignoré la décision de l’arbitre de poursuivre le match ? Le Jury d’appel a agi en tant qu’organe souverain et indépendant. Il a choisi de ne pas tenir compte de la reprise effective du jeu, pourtant validée par l’officiel sur le terrain.

Pourtant, selon la loi 5 de l’International Football Association Board (IFAB), l’arbitre dispose d’un pouvoir discrétionnaire total. Il est le seul habilité à arrêter, suspendre ou interrompre définitivement une rencontre. Dans ce cas précis, l’arbitre n’avait pas jugé nécessaire de mettre fin au match malgré le retrait temporaire des joueurs sénégalais. En droit, ses décisions sur les faits de jeu sont censées être définitives et respectées par tous. Cette remise en cause par la CAF soulève d’importants débats au sein de la tribune africaine du sport.

Un précédent sans équivalent dans une finale continentale

Voir un résultat de finale inversé par une instance juridique est un événement rarissime, voire inédit à ce niveau de compétition. Le football privilégie généralement la « vérité du terrain ». Les rares précédents, comme le match Afrique du Sud-Sénégal en 2018, étaient liés à des cas de corruption avérée de l’arbitre.

On peut également citer la finale de la Ligue des champions 2019 entre le Wydad et l’Espérance de Tunis. Cependant, la situation était différente : les joueurs marocains avaient refusé de reprendre le jeu. À l’inverse, lors de la CAN 2025, le Sénégal a terminé la rencontre. Cette divergence rend l’affaire actuelle particulièrement complexe pour le panafricanisme sportif et la gouvernance des institutions.

Quels recours pour le Sénégal devant le TAS ?

La Fédération sénégalaise de football (FSF) n’a pas tardé à réagir en saisissant le Tribunal arbitral du sport (TAS). Cette procédure d’appel, classique dans le monde du sport, permet de réexaminer la validité de la décision de la CAF. Une demande de suspension de la sanction a également été déposée, ce qui pourrait permettre au Sénégal de conserver provisoirement son titre jusqu’au verdict final.

Ce dossier est désormais un cas d’école. Il touche à des problématiques essentielles : l’interprétation des règlements, l’autorité de l’arbitre et l’éthique juridique (estoppel). Pour une Afrique souveraine dans ses institutions, l’issue de ce litige au TAS sera scrutée de près par tous les observateurs de la voix panafricaine.