4 juin 2026

Voix Panafricaine

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Niger : la junte accuse la France suite à l’attaque de l’aéroport de Niamey

Tensions ravivées après un assaut sur la capitale

La situation politique au Niger, déjà tendue depuis la prise de pouvoir par les militaires en 2023, s’envenime davantage. Suite à une attaque contre l’aéroport de Niamey, le chef du régime a publiquement remercié la Russie pour son appui militaire tout en accusant directement les présidents de la France, du Bénin et de la Côte d’Ivoire d’être les « commanditaires » de l’assaut. Le bilan communiqué par les autorités fait état de quatre soldats blessés et de vingt agresseurs neutralisés, parmi lesquels se trouverait un citoyen français. Plusieurs autres assaillants auraient été capturés.

L’assaut s’est déroulé dans la nuit de mercredi à jeudi. Selon une déclaration du général Salifou Modi, ministre de la Défense, lue sur la chaîne nationale Télé Sahel, un « groupe de mercenaires télécommandés » a mené une offensive d’environ trente minutes contre la base aérienne 101 de la capitale. Une « riposte aéroterrestre » a été immédiatement lancée.

Cette image satellite montre la zone militaire de l'aéroport de Niamey au Niger.

Le général Abdourahamane Tiani, leader du régime, a salué « l’ensemble des forces de défense et de sécurité […] ainsi que les partenaires russes qui ont défendu avec professionnalisme leur secteur ». Il a ensuite adressé une mise en garde directe aux « sponsors de ces mercenaires », citant nommément Emmanuel Macron, Patrice Talon et Alassane Ouattara. Cette déclaration s’inscrit dans une rhétorique de rupture et de quête d’une Afrique souveraine, souvent entendue comme une voix panafricaine contre les anciennes puissances coloniales.

Un site stratégique au cœur des convoitises

L’identité des auteurs de l’attaque reste pour le moment incertaine. L’aéroport de Niamey n’est pas un lieu anodin : il s’agit d’un site hautement stratégique. Il héberge non seulement une base de l’armée de l’air nigérienne et une base de drones moderne, mais aussi le quartier général de la force conjointe du Niger, du Burkina Faso et du Mali, créée pour lutter contre les groupes terroristes dans la région. Plus significatif encore, le site abrite un stock considérable d’uranium, estimé à plus de 1 000 tonnes, en attente d’exportation. Cette ressource, dont le Niger est un producteur majeur, est au centre d’un conflit avec le groupe français Orano. L’entreprise spécialisée dans le nucléaire accuse le gouvernement nigérien d’expropriation et a récemment réaffirmé sa détermination à engager des poursuites judiciaires contre l’État et quiconque tenterait de s’approprier ce stock.

La piste djihadiste reste plausible

Le ministre de la Défense a précisé que la « vigoureuse riposte » avait abouti à la « neutralisation de 20 mercenaires et l’arrestation de 11 autres », la plupart gravement atteints, ainsi qu’à la saisie « d’importants matériels de guerre ». Malgré les accusations politiques de la junte, de nombreux analystes de l’actualité en Afrique francophone n’écartent pas la piste d’une attaque djihadiste. Le Niger fait face à la violence récurrente de groupes affiliés à Al-Qaïda (le JNIM) et à l’État Islamique au Sahel (EIS), particulièrement actifs dans l’ouest du pays, non loin de Niamey, ainsi que dans le sud-est. Cependant, au moment des faits, l’assaut n’avait été revendiqué par aucune organisation terroriste, laissant planer le doute sur les véritables motivations des assaillants.