28 avril 2026

Les États-Unis amorcent un virage diplomatique majeur au Sahel pour contrer la Russie

Washington opère une mutation profonde de sa stratégie en Afrique de l’Ouest. Face à la montée en puissance de l’influence russe au Mali, au Burkina Faso et au Niger, les États-Unis ont décidé de revoir leurs priorités pour privilégier la sécurité nationale et la lutte contre les insurgés islamistes.

Une nouvelle approche diplomatique centrée sur la souveraineté

Le département d’État américain a officialisé ce changement par l’annonce d’une mission diplomatique de Nick Checker, responsable du Bureau des affaires africaines, à Bamako. Cette visite vise à exprimer le respect des États-Unis pour la souveraineté malienne et à définir un nouveau cadre relationnel, en s’affranchissant des tensions passées. Cette main tendue s’étend également au Burkina Faso et au Niger, partenaires au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES).

Un homme recouvert d'un drapeau russe agite les bras et crie alors que les partisans des chefs militaires du Niger se rassemblent pour manifester devant les bases aériennes nigériennes et françaises à Niamey, le 27 août 2023.

Ce revirement marque une rupture avec l’administration Biden, qui avait gelé la coopération militaire suite aux coups d’État ayant renversé les régimes civils, notamment celui de Mohamed Bazoum au Niger. Désormais, sous l’impulsion de Donald Trump, les questions de gouvernance démocratique et de droits de l’homme semblent passer au second plan derrière les enjeux de défense.

Sécurité et ressources minières : les nouveaux piliers de Washington

L’abandon du modèle d’aide au développement traditionnel s’est illustré par la fermeture de l’USAID dans la région. Massad Boulos, conseiller spécial pour l’Afrique, a souligné que la politique américaine actuelle prône la non-ingérence, laissant les peuples choisir leur propre système politique. Cette posture résonne favorablement auprès des juntes militaires, comme celle dirigée par le capitaine Ibrahim Traoré au Burkina Faso, qui prône un discours panafricaniste et anti-impérialiste.

Les motivations de ce changement de cap sont multiples :

  • Lutte contre le terrorisme : Le Sahel est devenu l’épicentre mondial de l’activité djihadiste, notamment avec l’État islamique au Grand Sahara (EIGS).
  • Contrôle des minerais : La région regorge de ressources stratégiques comme l’or, le lithium (essentiel aux batteries) et l’uranium.
  • Endiguement de la Russie : Washington souhaite offrir une alternative au partenariat exclusif avec Moscou, qui a déjà déployé des mercenaires et des instructeurs au Mali et au Burkina Faso.
Un instructeur militaire américain passe devant des soldats maliens qui pointent leurs armes. Ils portent des tenues de camouflage et se tiennent devant une colline de terre rouge. La photo a été prise en 2018.

Une coopération militaire sans troupes au sol

Malgré ce rapprochement, les États-Unis n’envisagent pas de redéployer massivement des soldats ou de rouvrir la base de drones d’Agadez. Le général John Brennan de l’Africom a précisé que le soutien se concentrera sur le partage de renseignements et potentiellement la fourniture d’armements pour contrer des menaces directes, comme l’attaque récente de l’aéroport de Niamey.

Parallèlement, le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la CEDEAO a modifié la donne régionale. Les pays voisins, tels que le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Togo, le Ghana et le Nigeria, cherchent désormais à rétablir une collaboration pratique avec l’AES pour stopper l’infiltration djihadiste vers le sud.

Un homme roule à moto sur une route poussiéreuse à Tombouctou. Des bâtiments construits en parpaings bordent la rue.

Si la technologie et le renseignement américain peuvent offrir des victoires tactiques rapides, l’histoire de l’intervention française rappelle que la stabilité durable du Sahel dépendra aussi de la résolution des crises socio-économiques profondes qui frappent ces populations.