23 avril 2026

Niger et Mali : pourquoi quitter la cedéao s’avère si complexe ?

Un discours ambigu qui révèle une stratégie en porte-à-faux

Les récents échanges tenus par les ministres des Affaires étrangères du Niger et du Mali ont soulevé de vives interrogations. D’un côté, ces responsables accusent leurs voisins ouest-africains, membres de la CEDEAO, de soutenir activement les groupes terroristes. De l’autre, ils affichent leur volonté de collaborer avec ces mêmes pays sur des dossiers précis. Ce balancement constant entre rejet et ouverture trahit une approche diplomatique pour le moins délicate, où l’émotion semble primer sur la rationalité.

Dans l’arène internationale, la crédibilité d’un État se construit sur la cohérence de ses actes. Accuser publiquement un partenaire de complicité avec des groupes armés, tout en proposant un partenariat économique le lendemain, relève d’une contradiction difficilement défendable. Les observateurs s’interrogent : comment négocier des accords de développement avec ceux que l’on qualifie d’ennemis publics ?

L’inéluctable dépendance aux voisins : une réalité économique implacable

Le retrait de la CEDEAO était censé symboliser une rupture radicale avec l’organisation régionale. Pourtant, les réalités géographiques et économiques rappellent cruellement que l’on ne peut défier la logique des échanges sans conséquences immédiates. Les deux pays, enclavés et privés d’accès à la mer, dépendent entièrement des ports de Cotonou, Lomé ou Abidjan pour leurs importations vitales : riz, carburant, médicaments ou matériaux de construction.

La fermeture des frontières et la rupture des accords commerciaux entraîneraient une flambée des coûts logistiques, rendant les produits de première nécessité inaccessibles pour des populations déjà fragilisées. En réclamant une reprise des échanges, les autorités du Sahel reconnaissent ainsi, malgré elles, que l’Alliance des États du Sahel (AES) ne peut survivre en autarcie. L’autosuffisance économique reste, pour l’heure, un mirage.

Le rêve impossible d’une rupture totale

Quitter la CEDEAO était un acte politique fort, destiné à séduire une frange de l’opinion publique en quête de souveraineté retrouvée. Pourtant, vouloir conserver les avantages techniques de l’organisation tout en rejetant ses règles relève d’une stratégie vouée à l’échec. Un divorce ne se décrète pas par simple décret : il exige des négociations, des concessions et une vision claire de l’avenir.

Les dirigeants de Niamey et Bamako souhaitent afficher leur rupture avec l’ordre ancien, mais ils ont besoin que les flux financiers et commerciaux continuent de circuler sans entrave. Or, la coopération repose sur la confiance, et celle-ci ne survit pas à une rupture brutale des liens politiques. En sapant les fondements de la CEDEAO, ils fragilisent également la sécurité juridique de leurs propres entreprises et investisseurs, exposés à des risques accrus.

De la rhétorique à l’action : le terrorisme ignore les frontières

La lutte contre le terrorisme ne saurait se limiter à des déclarations tonitruantes. Cette menace, transnationale par nature, exige une coordination sans faille entre les services de renseignement et les forces armées de toute la région. Diviser les pays voisins en les accusant de complicité revient à offrir un boulevard aux groupes armés, qui profitent de ces tensions pour étendre leur emprise.

La colère peut galvaniser les foules, mais elle ne résout ni la faim ni l’insécurité. Pour protéger leurs citoyens, le Niger et le Mali doivent adopter une posture pragmatique, où la coopération régionale redevient une priorité. L’ennemi commun, terroristes et trafiquants, ne disparaîtra pas par magie.

La souveraineté, un luxe ?

Le retrait de la CEDEAO a révélé une vérité cruelle : la souveraineté ne se décrète pas, elle se construit. Elle ne se mesure pas uniquement à l’aune de l’indépendance monétaire ou de la fermeture des frontières, mais à la capacité d’un État à garantir la sécurité, la prospérité et la dignité de ses habitants.

Nourrir sa population, soigner ses malades, protéger ses villes : ces défis exigent une collaboration étroite avec les voisins, fussent-ils perçus comme des rivaux. Privilégier la propagande à la réalité économique, c’est prendre le risque de plonger ses concitoyens dans une précarité encore plus grande. La vraie souveraineté, c’est d’abord la responsabilité envers son peuple.