4 juin 2026

Voix Panafricaine

La tribune francophone des peuples africains : actualités, analyses et débats pour une Afrique souveraine.

Niger 2025 : un bilan alarmant des droits humains sous la junte militaire

Un pays sous pression : coup d’État et dérive autoritaire au Niger

Depuis le renversement du président Mohamed Bazoum en juillet 2023, le Niger traverse une crise majeure des droits humains. Les autorités militaires issues du coup d’État ont durci leur répression contre les opposants, les journalistes et les défenseurs des droits humains. Parmi les cibles principales : l’ancien président Mohamed Bazoum et son épouse, toujours détenus au palais présidentiel de Niamey sans accès à leurs avocats ni à leur famille. Leur détention, jugée arbitraire par l’ONU, s’accompagne d’arrestations massives de responsables politiques, de syndicalistes et d’activistes.

En mars 2025, le général Abdourahamane Tiani, chef de la junte, s’est autoproclamé président de transition pour un mandat de cinq ans, sans organiser d’élections. Une décision qui a scellé la fin du multipartisme au Niger, via un décret abolissant les partis politiques. Par ailleurs, en janvier 2025, le pays a quitté la CEDEAO, suivi par le Mali et le Burkina Faso, privant ses citoyens de recours juridique devant la Cour de justice de cette organisation régionale.

En septembre 2025, le Niger, le Mali et le Burkina Faso ont annoncé leur retrait de la Cour pénale internationale (CPI), une mesure qui fragilise l’accès à la justice pour les victimes de crimes graves.

Le Niger face à la menace terroriste : une insécurité grandissante

Le pays est en proie à une insurrection islamiste de plus en plus violente, menée par des groupes comme l’État islamique au Sahel (EIS) et le GSIM (JNIM), affilié à Al-Qaïda. Les régions frontalières avec le Mali et le Burkina Faso, notamment Tillabéri, sont les plus touchées. Les attaques contre les civils se multiplient : exécutions sommaires, pillages, incendies de villages et mosquées. Les groupes armés imposent également des taxes islamiques (zakat) et accusent les habitants de collaboration avec l’armée nigérienne.

Parmi les attaques les plus meurtrières en 2025 :

  • Le 21 mars : un attentat contre une mosquée à Fambita (Tillabéri) fait 46 morts, dont trois enfants.
  • Le 21 juin : une attaque similaire à Manda (Tillabéri) fait plus de 70 victimes, dont cinq enfants.
  • Le 20 juin : exécution d’un chef local et enlèvement de cinq hommes à Abarkaize (Tillabéri), dont les corps sont retrouvés égorgés trois jours plus tard.
  • Le 23 juin : six civils tués et des maisons pillées à Ezzak (Tillabéri).

Les survivants dénoncent l’inaction de l’armée, qui n’aurait pas réagi aux alertes lancées par les populations.

Création controversée de milices civiles : Garkuwar Kassa

En août 2025, la junte a lancé l’initiative Garkuwar Kassa (« Boucliers de la Patrie » en haoussa), visant à recruter et former des civils pour soutenir les forces armées. Cette mesure, bien que présentée comme une stratégie de lutte antiterroriste, suscite des craintes quant à la formation de milices incontrôlées, potentiellement responsables d’abus contre les populations.

Une répression systématique de l’opposition et de la société civile

L’opposition politique subit une répression sans précédent. Des dizaines de responsables du gouvernement renversé, d’anciens ministres et des proches de Mohamed Bazoum sont détenus arbitrairement, souvent sans procès équitable. En avril 2025, une cinquantaine de détenus politiques ont été libérés, mais d’autres restent emprisonnés, notamment l’activiste Moussa Tiangari.

Moussa Tiangari, figure majeure de la société civile, a été arrêté en décembre 2024 et inculpé pour « association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste » et « complot contre l’autorité de l’État en intelligence avec des puissances ennemies ». S’il est reconnu coupable de cette dernière accusation, il risque la peine de mort. Depuis, il est maintenu en détention provisoire sans accès à un procès équitable.

Liberté de la presse et des associations sous haute surveillance

La junte a restreint drastiquement la liberté de la presse. Les journalistes sont régulièrement harcelés, arrêtés ou contraints à l’autocensure. En janvier 2025, la chaîne Canal 3 TV a été suspendue pour 30 jours après la diffusion d’une émission critique envers des ministres. Son rédacteur en chef a également été privé de sa carte de presse, avant que la suspension ne soit levée quelques jours plus tard.

En février 2025, les autorités ont ordonné l’expulsion du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) sans explication. En mai, trois journalistes de Sahara FM (Agadez) ont été arrêtés pour avoir relayé une information sur les relations entre le Niger, la Russie et la Turquie. Après une libération temporaire, ils ont été de nouveau incarcérés et restent en détention.

La liberté d’association est également menacée. En août 2025, quatre syndicats judiciaires ont été dissous par décret, accusés de « dévier de leur rôle » et de privilégier des « intérêts personnels ». Le barreau du Niger et l’Union des Syndicats des Travailleurs ont dénoncé cette décision comme une atteinte grave aux droits fondamentaux. Les avocats ont organisé une grève générale de deux jours en signe de protestation.