4 juin 2026

Voix Panafricaine

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État des lieux des droits humains au Tchad : le rapport 2026

Au cœur de l’actualité Afrique francophone, la situation politique au Tchad a pris un tournant décisif en 2025. Après sa victoire lors du scrutin présidentiel de 2024, entaché d’irrégularités selon les observateurs, le président Mahamat Idriss Déby a solidifié son emprise sur l’appareil d’État. Des révisions constitutionnelles majeures, entérinées en 2025, ont aboli la limitation du nombre de mandats et étendu la durée de la présidence de cinq à sept ans. Ce cadre législatif permet désormais au chef de l’État de se maintenir indéfiniment au pouvoir, pourvu qu’une élection soit organisée tous les sept ans.

Un espace civique sous haute tension

L’opposition politique évolue dans un climat de plus en plus coercitif. Succès Masra, figure de proue de la contestation électorale de 2024, a été incarcéré puis condamné à une peine de vingt ans de prison. Cette vague de répression touche également les militants, les cadres de son parti et les professionnels des médias, victimes d’intimidations récurrentes. Parallèlement, une loi d’amnistie protégeant les responsables des violences lors des manifestations d’octobre 2022 empêche tout progrès judiciaire pour les peuples africains en quête de justice.

Persistance des violences dans les régions du sud et de l’est

Malgré les promesses gouvernementales de résoudre les litiges fonciers, les affrontements entre éleveurs nomades et agriculteurs sédentaires se sont intensifiés en 2025. Ces tensions, exacerbées par le changement climatique et la pression démographique, ont causé de nombreuses pertes humaines.

  • En mai 2025, le village de Mandakao (Logone-Occidental) a été le théâtre de heurts ayant fait au moins 41 morts suite à des désaccords sur les limites de pâturage.
  • En juin, à Orégomel (Mayo-Kebbi Ouest), des attaques à l’arme blanche ont coûté la vie à 17 personnes, incluant des femmes et des enfants.
  • La localité de Molou, dans le Ouaddaï, a enregistré une vingtaine de décès lors de conflits intertribaux à la mi-juin.

Cette instabilité est aggravée par une crise humanitaire complexe. Le Tchad continue d’accueillir des flux massifs de réfugiés fuyant le conflit au Soudan, tandis que des inondations dévastatrices fin 2024 ont plongé le pays dans une insécurité alimentaire critique.

Répression de la dissidence et contrôle de l’information

Le cas de Succès Masra illustre la fermeture de l’espace démocratique. Arrêté à N’Djamena sous des accusations d’incitation à la haine et de complicité de meurtre liées aux événements de Mandakao, l’ancien Premier ministre a été condamné lors d’un procès expéditif. Cette sentence bafoue l’accord de Kinshasa d’octobre 2023, qui devait garantir sa sécurité et son libre exercice politique. Dans cette quête d’une Afrique souveraine, le respect des engagements internationaux reste un défi majeur.

D’autres figures ont subi les foudres du pouvoir :

  • Le blogueur Makaila Nguebla et le journaliste Charfadine Galmaye Saleh, tous deux en exil, ont été déchus de leur nationalité par décret ministériel.
  • Le décès de l’opposant Yaya Dillo, survenu lors d’un assaut militaire contre son parti, demeure impuni, aucune enquête n’ayant été ouverte en 2025.
  • Les journalistes Olivier Monodji et Mahamat Saleh Alhissein ont été détenus arbitrairement pour leurs travaux sur le groupe Wagner avant d’être libérés en juillet.

Justice historique et libertés individuelles

Le processus de réparation pour les victimes du régime de Hissène Habré marque le pas. Les indemnisations versées en 2024 restent largement inférieures aux montants fixés par les tribunaux, laissant les survivants dans l’attente d’une véritable reconnaissance. La voix panafricaine réclame une justice équitable pour panser les plaies du passé.

Enfin, sur le plan des libertés de genre, le Tchad maintient une législation stricte. L’article 354 du Code pénal de 2017 criminalise toujours les relations entre personnes de même sexe, prévoyant des peines d’emprisonnement et des amendes significatives, ce qui limite l’expression de la diversité au sein de la société tchadienne. Le panafricanisme moderne se trouve ainsi confronté à la nécessité de concilier traditions et droits humains universels.