21 juillet 2026

Voix Panafricaine

La tribune francophone des peuples africains : actualités, analyses et débats pour une Afrique souveraine.

Massacres au centre du Mali : l’armée et les dozos pointés du doigt

Des exactions ciblées dans la région de Ségou

Dans le centre du Mali, deux villages de la région de Ségou ont été le théâtre de violences d’une extrême brutalité les 2 et 13 octobre derniers. Selon des témoignages recueillis sur place, des membres des Forces armées maliennes (FAMa) accompagnés de miliciens dozos ont perpétré des exécutions sommaires et incendié des habitations, faisant au moins 31 victimes civiles. Ces actes surviennent dans un contexte déjà marqué par des tensions persistantes entre l’État et des groupes armés jihadistes.

Kamona : 21 hommes tués et des maisons réduites en cendres

Le 2 octobre, vers 10 heures, des unités militaires à bord de sept pick-ups et trois blindés, renforcées par des miliciens dozos à moto, ont encerclé le village de Kamona. Les habitants, alertés par des combattants du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), ont tenté de fuir, mais ceux qui n’ont pu le faire ont été rassemblés et abattus. « Ils nous ont accusés de collaborer avec le GSIM sans aucune preuve », a rapporté un survivant. Au total, 21 hommes ont été exécutés et 10 maisons, principalement celles de la communauté peule, ont été réduites en cendres. Les villageois ont retrouvé 17 corps sous un arbre et quatre autres éparpillés dans la brousse, tous criblés de balles.

Un berger, témoin des horreurs, a partagé son récit glaçant : « J’ai trouvé 17 cadavres, certains avec la tête fracassée. Des douilles jonchaient le sol. Une scène de cauchemar. »

Balle : 10 civils tués et des biens volés

Treize jours plus tard, le 13 octobre, les mêmes forces ont frappé le village de Balle, situé à 55 km de Kamona. Vers 13 heures, des soldats en pick-ups et des dozos à moto ont fait irruption, provoquant une fuite chaotique des habitants. Un jeune homme de 24 ans a témoigné : « Lorsque j’ai vu les militaires frapper les hommes à coups de pied et de poing, j’ai pris la fuite. Depuis ma cachette, j’ai entendu des rafales. »

À leur départ, les villageois ont découvert 10 corps, dont celui d’une femme de 55 ans, ainsi que 100 têtes de bétail volées. Les victimes présentaient des signes de torture : membres brisés, blessures par balles. Une jeune femme de 21 ans a raconté le calvaire de sa mère, abattue après avoir interpellé les soldats : « Elle les a suppliés d’arrêter. Ils l’ont entraînée avec les hommes et l’ont exécutée. »

Un contexte de conflit et d’impunité

Ces massacres surviennent alors que le GSIM accentue ses pressions autour de Bamako, asphyxiant la capitale en coupant l’approvisionnement en carburant depuis début septembre. En réaction, les autorités ont dû fermer écoles et universités, aggravant une crise humanitaire déjà profonde. Depuis 2012, le Mali est engagé dans un conflit aux multiples facettes, où se croisent affrontements entre l’armée, les milices et les groupes jihadistes, entraînant la mort de milliers de civils et le déplacement de plus de 400 000 personnes.

Les forces maliennes et leurs alliés sont régulièrement accusés de violations graves des droits humains. Les témoignages recueillis confirment des exactions répétées : exécutions extrajudiciaires, destructions de biens, pillages. Pourtant, les responsables peinent à rendre des comptes. « Les autorités doivent ouvrir une enquête transparente et juger les coupables », a plaidé un responsable local sous couvert d’anonymat.

Le droit international face à la tragédie

Le Mali, bien qu’ayant quitté la Cour pénale internationale (CPI) en septembre, reste lié au Statut de Rome jusqu’en 2026. La CPI avait ouvert en 2013 une enquête sur les crimes de guerre présumés commis depuis 2012. Toutes les parties au conflit sont tenues de respecter le droit international humanitaire, qui interdit les attaques contre les civils, les meurtres arbitraires et les traitements inhumains. Pourtant, l’impunité persiste, alimentant un cycle de violence sans fin.

L’Union africaine (UA), dont le mandat est de promouvoir la paix et la sécurité, n’a jusqu’ici pas agi avec la fermeté nécessaire. Malgré l’aggravation de la situation, le Conseil de paix et de sécurité s’est contenté de déclarations de principe, sans mesures concrètes pour endiguer les abus.

Appel à une réponse urgente

Les massacres d’octobre dans la région de Ségou illustrent l’urgence d’une intervention régionale et internationale pour briser l’impunité. Les organisations de défense des droits humains exhortent l’UA à faire de ce conflit une priorité absolue. « Des réunions régulières, une diplomatie renforcée et une coordination accrue sont indispensables pour garantir justice et sécurité », a souligné un expert en conflits sahéliens.