Une voix artistique muselée au Maroc
Depuis le 13 juillet 2026, El Mahdi Lyoubi, réalisateur et musicien marocain de 34 ans, est privé de liberté sans justification publique. Son interpellation à l’aéroport de Rabat-Salé, alors qu’il s’apprêtait à regagner Marseille après un séjour familial, marque une nouvelle atteinte aux libertés d’expression et de création au Maroc. Une coalition d’organisations de défense des droits humains, d’institutions culturelles et de personnalités du monde artistique exige sa libération immédiate.

Un parcours artistique international
Né en 1992 à Salé et formé à la prestigieuse Fémis à Paris, El Mahdi Lyoubi s’est imposé comme une figure majeure du cinéma documentaire marocain. Son court-métrage Marseille, 14 juillet a été sélectionné dans les plus grands festivals internationaux : New Directors-New Films (New York), Sheffield DocFest, Festival de Kerala ou encore Festival franco-arabe de Noisy-le-Sec. Parallèlement à sa carrière cinématographique, il s’exprime musicalement sous le nom de Mehdi Black Wind, développant une œuvre engagée sur les questions de justice sociale.
En septembre 2025, il a captivé plus de 50 000 spectateurs lors de son concert au festival L’Boulevard à Casablanca. Son prochain projet, un long-métrage documentaire soutenu par le Fonds arabe pour les arts et la culture (Afac), témoigne de son engagement continu pour des récits authentiques et percutants.
Une arrestation aux motivations floues
Le 10 juillet 2026, alors qu’il termine des repérages pour son prochain film, El Mahdi Lyoubi se voit notifier une interdiction de quitter le territoire marocain à l’aéroport de Rabat-Salé, sans explication. Empêché d’embarquer vers la France, il est conduit au commissariat de Salé où les autorités restent muettes sur les raisons de cette mesure. Une convocation pour le 13 juillet à la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ) de Casablanca lui est remise.
Lors de son audition prolongée ce jour-là, il est placé en garde à vue. Ses proches ne seront informés que tardivement que son arrestation serait liée à des publications sur les réseaux sociaux, sans autre précision. Présenté au procureur le 15 juillet, il est finalement incarcéré à la maison d’arrêt d’Oukacha en attente de son audience du 22 juillet. Dans un contexte de grève des avocats, ses défenseurs n’ont toujours pas pu accéder à son dossier ni le rencontrer. Sa famille se voit également refuser tout contact avec lui.
Une répression croissante de la création artistique
L’affaire El Mahdi Lyoubi s’inscrit dans une tendance alarmante de criminalisation de l’expression artistique au Maroc. Depuis l’automne 2025, plusieurs artistes ont été poursuivis ou condamnés pour leurs œuvres ou publications :
- Pause Flow (Jawad Asradi), rappeur arrêté en novembre 2025 pour des paroles de chansons, condamné à trois mois de prison avec sursis en appel en juin 2026 ;
- Hamza Raid, rappeur condamné à six mois de prison avec sursis ;
- Souhaib Qabli, 20 ans, condamné à huit mois de prison ferme en mars 2026 pour outrage à une institution constitutionnelle ;
- Zineb Kharroubi, distributrice de cinéma condamnée à six mois de prison avec sursis en février 2026 pour incitation à commettre des délits.
Ces affaires, bien que distinctes, révèlent une volonté systématique de museler la liberté artistique. Pourtant, l’article 25 de la Constitution marocaine garantit explicitement les libertés de pensée, d’opinion et d’expression sous toutes leurs formes. Ces restrictions s’inscrivent dans un contexte de contestation sociale grandissante, notamment le mouvement GenZ 212 apparu à l’automne 2025, qui dénonce la corruption, l’accès inégal à l’éducation et à la santé, et exige davantage de libertés fondamentales.
Une mobilisation internationale pour la liberté d’expression
Face à cette situation, une coalition sans précédent s’est formée, réunissant :
- Des organisations de défense des droits humains : FIDH, OMCT, Association marocaine des droits humains, Avocats sans frontières, Ligue des Droits de l’homme, Syndicat de la magistrature ;
- Des institutions culturelles : Fémis, Festival Visions du Réel, Lincoln Center for the Performing Arts, The International Coalition for Filmmakers at Risk ;
- Des personnalités artistiques et intellectuelles de renom : Adele Haenel, Aïssa Maïga, Alice Diop, Annie Ernaux, Bachar Mar-Khalifé, Edouard Louis, Leaticia Dosch, Maguy Marin, Mati Diop, Robert Guédiguian, Virginie Despentes.
Cette mobilisation exige des autorités marocaines :
- Le respect intégral des droits procéduraux d’El Mahdi Lyoubi, conformément à la Constitution et aux engagements internationaux du Maroc ;
- Une réévaluation immédiate des mesures restrictives à son encontre, afin de s’assurer de leur légalité et de leur proportionnalité ;
- Le plein respect des garanties d’un procès équitable et des obligations constitutionnelles du pays en matière de droits humains ;
- La garantie pour les artistes de pouvoir exercer librement leurs activités dans un environnement respectueux des libertés et de la diversité culturelle ;
- La libération inconditionnelle et immédiate d’El Mahdi Lyoubi.
Nous restons mobilisés pour un dialogue constructif avec les autorités compétentes afin de préserver l’intégrité des libertés fondamentales au Maroc.
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