4 juin 2026

Voix Panafricaine

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Mali : l’échec cuisant de la stratégie russe face à la montée des rebelles

Une offensive coordonnée menée par des groupes armés touaregs alliés à des factions djihadistes frappe simultanément plusieurs localités du Mali, dont la capitale Bamako. Cette escalade sécuritaire survient dans un contexte où les forces russes, partenaires du régime militaire de Bamako, ont opéré une retraite stratégique de la ville de Kidal, dans le nord du pays, sans engager le moindre combat.

Une passivité russe qui interroge

Les images capturées montrent une colonne de véhicules militaires russes quittant Kidal sans résistance, laissant le champ libre à des rebelles qui s’emparent ainsi d’un bastion symbolique. Cette situation contraste fortement avec les promesses de stabilité avancées par les autorités maliennes et leurs alliés russes après le départ des troupes françaises en 2022.

La veille de cette évacuation, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, revendiquait des attaques multiples à travers le pays, y compris à Bamako. Dans leur communiqué, les djihadistes appelaient explicitement les forces russes à ne pas s’impliquer, afin de préserver d’éventuels futurs dialogues. Une requête qui semble avoir été entendue, au vu de la neutralité observée sur le terrain.

Le Mali sous pression : entre échecs sécuritaires et crise politique

Avec 2 500 soldats déployés au Mali via l’Africa Corps, successeur du groupe Wagner, la Russie était censée apporter un soutien décisif à la junte militaire. Pourtant, le régime de Bamako affronte aujourd’hui sa pire crise sécuritaire depuis le coup d’État de 2020. L’assassinat du puissant ministre de la Défense, tué lors d’une attaque contre sa résidence, illustre l’ampleur des menaces qui pèsent sur le pouvoir.

La perte de Kidal, reconquise en 2023 avec l’aide des Russes après onze ans sous contrôle rebelle, représente un revers majeur pour le colonel Assimi Goïta. Cette victoire, saluée comme un succès stratégique, avait renforcé la légitimité de la junte et marqué le départ des forces françaises et onusiennes. Trois ans plus tard, l’incapacité à maintenir la sécurité dans cette région illustre l’échec cuisant de cette stratégie.

Un pays au bord du chaos

Le risque de fragmentation du Mali est désormais tangible. Au nord, les indépendantistes touaregs étendent leur emprise, tandis que les groupes djihadistes se disputent le contrôle du territoire. La menace ne se limite pas aux frontières maliennes : le GSIM, acteur central de la crise, a des ambitions régionales. Le Niger et le Burkina Faso, membres de l’Alliance des États du Sahel, pourraient être les prochaines cibles en cas de chute de Bamako. Les pays côtiers de l’Afrique de l’Ouest, déjà fragilisés par des incursions djihadistes, seraient également exposés.

De l’espoir initial à la désillusion

L’intervention française en 2014 avait permis de sauver Bamako d’une avancée djihadiste et de reconquérir une partie du nord du pays. Pourtant, les années suivantes ont été marquées par des frustrations croissantes, conduisant à la prise de pouvoir par les militaires, au départ des Français et à l’arrivée des Russes. Quatre ans après ce basculement, la situation sécuritaire reste catastrophique, plongeant les populations dans une précarité sans précédent.

Cette séquence historique révèle une vérité implacable : ni les forces étrangères ni les régimes militaires ne sont parvenus à offrir une stabilité durable aux peuples africains. Le Mali, autrefois symbole d’espoir, incarne désormais les limites des interventions extérieures et des solutions autoritaires dans la lutte contre l’insécurité.