28 avril 2026

Mali : le procès de moussa mara, un symbole de la répression de la dissidence

Ce mardi, l’ancien Premier ministre Moussa Mara comparaissait devant un tribunal de Bamako, la capitale du Mali. Les juges ont rejeté la demande de libération provisoire formulée par sa défense, tandis que le parquet requérait une peine de deux ans d’emprisonnement. Cette situation illustre la répression systématique orchestrée par la junte militaire contre toute forme d’opposition politique et de dissidence.

Moussa Mara, qui a dirigé le gouvernement pendant huit mois entre 2014 et 2015, a été interpellé par les forces de sécurité le 1er août. Son arrestation fait suite à la publication d’un message sur les réseaux sociaux, dans lequel il exprimait sa solidarité envers des prisonniers politiques maliens et s’engageait à œuvrer pour que justice leur soit rendue.

Les autorités l’ont inculpé pour atteinte au crédit de l’État, opposition à l’autorité légitime, incitation au trouble à l’ordre public, ainsi que pour diffusion de fausses nouvelles. Son procès, qui s’est ouvert le 29 septembre devant une juridiction spécialisée dans la lutte contre la cybercriminalité, devrait rendre son verdict le 27 octobre, suscitant de vives inquiétudes quant à l’équité de la procédure.

Ces accusations semblent constituer une violation flagrante du droit à la liberté d’expression. « Ces accusations n’ont rien à voir avec le message publié par Mara sur X », a affirmé un membre de son équipe de défense. Pour le bâtonnier Mounkaïla Yayé, également avocat de l’ancien Premier ministre, « il s’agit d’un procès contre le droit à la liberté d’expression », qui « peut créer un précédent dangereux. »

Depuis sa prise de pouvoir par un coup d’État en 2021, la junte militaire sous la conduite du général Assimi Goïta a intensifié la répression contre l’opposition et réduit l’espace civique et médiatique au Mali. Elle a interdit les activités de tous les partis politiques et a eu recours à l’intimidation, à l’emprisonnement ou aux disparitions forcées de journalistes et de défenseurs des droits humains. Le général Goïta a renforcé son emprise sur le pouvoir sans organiser d’élections, ajournant ainsi le retour à un ordre constitutionnel démocratique.

La junte a également ignorer les appels à poursuivre les auteurs d’abus, manquant à ses obligations juridiques internationales d’enquêter sur les violations graves des droits humains commises par les forces de sécurité. En janvier, le Mali, aux côtés du Burkina Faso et du Niger, a officialisé son retrait de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), privant ainsi les citoyens d’un recours devant la Cour de justice de l’organisation. En septembre, ces trois nations ont de plus annoncé leur intention de se retirer du traité de la Cour pénale internationale, une décision qui entrave davantage l’accès à la justice pour les victimes de crimes de masse.

L’incarcération de Moussa Mara démontre que la simple expression de solidarité avec les victimes de la répression est désormais criminalisée au Mali. Elle révèle l’intolérance absolue de la junte face à toute voix discordante. Les autorités maliennes doivent abandonner immédiatement l’ensemble des charges pesant sur Moussa Mara, le libérer, ainsi que tous les autres prisonniers détenus arbitrairement, et garantir le respect du droit à la liberté d’expression.