28 avril 2026

Justice internationale en péril : le retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la CPI

L’Initiative mondiale contre l’impunité (GIAI), regroupant des organisations telles que la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), Redress ou encore Trial International, exprime sa vive inquiétude suite à la décision du Burkina Faso, du Mali et du Niger de quitter le Statut de Rome. Ce désengagement de la Cour pénale internationale (CPI) marque une rupture brutale avec l’engagement historique des nations africaines en faveur de la justice globale et menace directement la protection des populations civiles.

Un retrait encadré par des obligations juridiques strictes

Bien que les trois nations de l’Alliance des États du Sahel (AES) aient proclamé un départ immédiat le 22 septembre, les règles internationales imposent un calendrier précis. Selon l’article 127 du Statut de Rome, la procédure de retrait nécessite une notification officielle à l’ONU et ne devient effective qu’après un délai de douze mois. Durant cette période de transition, le Burkina Faso, le Mali et le Niger restent tenus de respecter leurs engagements envers la Cour, notamment en matière de coopération judiciaire.

Il est important de souligner que cette décision n’annule pas les dossiers déjà ouverts. Au Mali, plusieurs procédures cruciales se poursuivent, à l’instar de l’affaire Al Mahdi, condamné pour la destruction de sites historiques à Tombouctou, ou encore le cas Al Hassan, dont le verdict sur les réparations est attendu prochainement. Par ailleurs, le mandat d’arrêt visant Iyad Ag Ghaly, figure de proue du groupe Ansar Dine, demeure pleinement exécutoire.

Les victimes de crimes de guerre privées de leur ultime recours

En tournant le dos à la CPI, ces États affaiblissent les mécanismes de défense des droits humains. Ce mouvement fait suite à leur sortie de la CEDEAO en janvier 2025, isolant davantage les citoyens face aux exactions. Pour de nombreuses victimes au Sahel, la Cour représentait l’unique espoir d’obtenir réparation lorsque les tribunaux nationaux, souvent démunis ou manquant de volonté politique, ne parvenaient pas à poursuivre les auteurs de crimes contre l’humanité.

Drissa Traoré, Secrétaire Général de la FIDH, souligne que cet abandon laisse un vide juridique alarmant dans une région déjà frappée par des crises multiples et des violences terroristes. L’incapacité des systèmes judiciaires locaux à traiter les crimes les plus graves renforce le sentiment d’impunité pour les bourreaux.

Une menace pour l’universalité de la justice mondiale

Ce retrait intervient dans un climat de tension internationale, alors que d’autres pays comme la Hongrie manifestent également des velléités de départ. Pourtant, la CPI s’efforce de démontrer son impartialité en élargissant ses enquêtes bien au-delà du continent africain, notamment en Ukraine, en Palestine, aux Philippines ou au Venezuela. Les récentes actions contre des dirigeants comme Rodrigo Duterte illustrent cette volonté de ne laisser aucun responsable hors de portée de la loi.

Les principes fondamentaux du Statut de Rome, tels que l’absence d’immunité pour les chefs d’État et le droit des victimes à participer aux procès, sont aujourd’hui fragilisés. La GIAI appelle la communauté internationale à se mobiliser pour préserver cette institution, garante d’un ordre mondial où la dignité humaine prévaut sur la force brute.