23 mai 2026

Voix Panafricaine

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Mali : Bruno Fuchs évoque la nécessité de négociations avec le JNIM et l’avenir incertain de la junte

Les intentions de la France concernant la crise politique et sécuritaire au Mali se dessinent avec une clarté accrue. Bruno Fuchs, président de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale et figure centriste du MoDem, a récemment exposé ses vues sur la situation malienne, accompagnant régulièrement le président Emmanuel Macron lors de ses déplacements.

Au-delà d’un optimisme affiché quant à l’avenir de l’influence française sur le continent – suggérant qu’une suppression des « irritants » comme le Franc CFA et les restrictions de visas pourrait restaurer une « puissance désirée » – l’analyse révèle une contradiction. Elle oscille entre la promesse d’une rupture avec les pratiques « françafricaines » et une ambition persistante de regagner une influence perdue face à la présence russe.

Les déclarations les plus saillantes concernent le Mali. Bruno Fuchs, s’alignant peut-être sur certaines analyses militaires et politiques françaises, anticipe un scénario précis : « Les Russes sont en train de négocier leur départ du Mali et la junte au pouvoir à Bamako va tomber dans quelques semaines ou quelques mois.« 

Face à la question de savoir si la France se réjouit d’un éventuel échec militaire russe dans le nord du Mali, le parlementaire a paraphrasé le président Macron, soulignant que « d’avoir sorti le partenaire français, c’est contre-productif« . Il a ensuite réaffirmé sa prédiction sur la situation à Bamako : « La junte malienne, je pense, a quelques jours à vivre ou quelques semaines à vivre. Aujourd’hui, elle est en position de faiblesse par rapport au FLA et au JNIM. Et donc le régime au Mali va changer dans quelques semaines, quelques mois, c’est inéluctable.« 

« Avoir écarté le partenaire français, c’est contre-productif »

Le député a ensuite exploré les options futures pour les peuples africains du Mali : « les Maliens ont le choix entre les djihadistes intégristes – pas pour tous (…) et les rebelles du FLA, d’un côté, et de l’autre la vie démocratique, les libertés publiques, la vie d’avant au Mali. » Il a insisté sur le fait que « la vie au Mali risque de changer« , ignorant les quatorze années de conflit déjà subies par la population.

« Comment intégrer le JNIM ?« 

Avec une assurance notable, Bruno Fuchs a esquissé deux scénarios politiques pour l’avenir du Mali. Le premier envisage des négociations à Bamako. « Si la junte et le président Assimi Goïta sont raisonnables, ils ouvrent les négociations. Il y aurait une période de transition de trois à six mois avec l’un des militaires de la Transition – je ne vais pas donner de noms, mais qui ne serait pas Assimi Goïta –, qui va jusqu’aux élections avec une période électorale dans trois ou six mois. » Une telle transition, potentiellement influencée par le JNIM, soulèverait une question cruciale : « la question se pose : dans la gouvernance, dans le travail commun, comment intégrer le JNIM ? » Cette perspective est d’autant plus délicate que le JNIM est lié à Al-Qaida, et son leader, Iyad Ag Ghali, fut une cible prioritaire pour la France, qui a perdu 57 soldats dans la lutte contre ce groupe au Sahel.

Sur le JNIM, Bruno Fuchs affirme détenir des informations privilégiées : « Je pense que le JNIM est prêt à déposer les armes et à arrêter la lutte armée, à condition de participer à la vie politique du pays. Pas de prendre le contrôle du Mali, mais de participer à la vie politique. » Le président de la commission des Affaires étrangères n’a pas expliqué pourquoi l’acteur le plus influent sur le terrain se contenterait d’une simple participation sans chercher à asseoir sa domination. Il a soulevé un « vrai problème de conscience et un vrai problème politique » pour les Européens et les Français face à une transition incluant le JNIM, une question qui concerne avant tout les Maliens.

« Le pire : l’Afghanistan« 

  • Un second scénario, selon Bruno Fuchs, est celui où « la junte veut résister absolument, ne discute pas et, à un moment ou un autre, se retrouve en position de faiblesse. Les Russes sont en train de négocier leur départ, contrairement à ce qu’ils disent (…) Là, à un moment, la junte tombera. Si ce n’est pas négocié, ce sera certainement pire que s’il y avait eu une négociation. » Il n’a pas précisé les implications de ce « pire » pour le Mali, la région ou la France.

Revenant au premier scénario, le député a détaillé les issues possibles des négociations : « On peut être dans un schéma à la mauritanienne, c’est-à-dire un régime religieux ; un schéma nigérian, c’est-à-dire un État fédéral au Mali dans lequel quelques États ou un État appliquent la charia (….) et d’autres non. Donc un État fédéral finalement, avec des régimes différents, qui garantit la représentativité et le rôle de chacune des communautés dans la vie du pays, la vie politique du pays, comme au Nigeria par exemple. » Ce modèle, une République islamique modérée où chaque communauté verrait sa place garantie, a la préférence de Bruno Fuchs. Il n’a cependant pas précisé les modalités de cette garantie, alors que les communautés maliennes cohabitent sur un même territoire.

Le « schéma ultime » envisagé est celui de l’Afghanistan. Bruno Fuchs a exprimé son souhait de ne pas voir un « Afghanistan en plein cœur du Sahel, parce qu’après, cela aura des conséquences sur toute la zone« , incluant les pays du Sahel et leurs voisins comme la Guinée, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Bénin et le Togo. Une situation qu’il qualifie de « compliquée« .

« Les Russes seraient prêts à se retirer »

Interrogé sur les preuves d’un départ russe de Bamako, Bruno Fuchs a affirmé : « Ils négocient. Ils ont replié leurs positions. Il y a des négociations actuellement. » L’issue de ces discussions, selon lui, « tout dépend du JNIM, tout dépend de la junte« . Il est convaincu que les Russes « seraient prêts à rentrer, moyennant quand même un certain nombre de garanties sur les actifs qu’ils exploitent aujourd’hui au Mali, les mines d’or, par exemple, pour lesquelles ils n’ont pas très envie de se sentir spoliés, même si leur légitimité à les exploiter, à mon avis, est assez discutable.« 

Bien que Bruno Fuchs aspire à clore le chapitre de la « Françafrique », un comportement qu’il décrit comme hérité de la colonisation et une « histoire qu’on n’a pas soldée avec l’Afrique francophone« , il n’hésite pas à émettre un jugement sur la légitimité des acteurs à exploiter les ressources du Mali. Le sous-entendu est que la France et l’Europe, « pour ne pas être immodestes« , seraient plus légitimes que la Russie. Sa justification : la France est « fiable dans ses engagements« , contrairement aux Américains et aux Russes « qui sont en train de quitter le Mali parce que cela ne se passe pas bien pour eux. » Contradiction apparente, il cite l’exemple de la Centrafrique où les relations ont été « normalisées » avec le président Faustin Archange Touadéra malgré la présence russe, affirmant qu’il faut « apprendre à travailler avec tout le monde« . Cependant, cette ouverture semble exclure les dirigeants décriés de l’Alliance des États du Sahel.