7 juin 2026

Voix Panafricaine

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Mali : Bamako restreint l’accès à 40 forêts pour lutter contre le terrorisme

Le Mali franchit une étape décisive dans sa lutte contre les groupes armés. Un arrêté gouvernemental, publié en juin 2026, instaure des zones d’intérêt militaire englobant une quarantaine de forêts sur l’ensemble du territoire. Ces espaces, désormais réservés aux Forces armées maliennes (FAMa), sont totalement interdits à toute activité civile. L’objectif affiché ? Neutraliser les bastions présumés des mouvements jihadistes liés à l’État islamique au Sahel et au Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM).

Une stratégie de contrôle territorial aux contours précis

L’arrêté détaille la localisation de ces massifs forestiers, dispersés dans plusieurs régions du pays. Les zones boisées du centre et du sud, réputées pour abriter des réseaux logistiques des combattants, figurent parmi les cibles prioritaires. En restreignant l’accès à ces espaces, les autorités maliennes visent à tarir les ressources des katibas et à faciliter les opérations aériennes, tout en réduisant les risques pour les populations locales.

Ces forêts, utilisées depuis des années comme zones de transition entre activités légales et illégales, jouent un rôle central dans la survie des communautés. Elles fournissent du bois de chauffe, des plantes médicinales et du gibier aux villageois, tandis que les éleveurs y pratiquent la transhumance. Avec ce nouveau régime, ces ressources passent sous contrôle militaire, bouleversant un équilibre socio-économique fragile.

Le texte impose des restrictions strictes : toute présence civile y est désormais interdite sous peine de sanctions. Les opérations de ratissage pourront être menées sans avertissement préalable. Cette initiative s’inscrit dans la continuité de la politique de fermeté adoptée par les autorités depuis les putschs de 2020 et 2021, qui ont marqué la fin de la coopération militaire avec la France et le rapprochement avec la Russie.

Des retombées humanitaires potentiellement lourdes

L’efficacité de cette mesure reposera sur la capacité des FAMa et de leurs alliés à maintenir une présence permanente dans ces zones. Les opérations héliportées et les frappes ciblées, devenues incontournables après le retrait de la MINUSMA en 2023, bénéficient désormais d’un cadre juridique élargi. Pour Bamako, il s’agit également d’afficher une reprise en main face à une insécurité qui gagne du terrain vers le sud, menaçant des zones jusqu’alors épargnées comme les abords de Bamako et de Kayes.

Cependant, les conséquences pour les populations pourraient être dramatiques. Des milliers de familles, dont les moyens de subsistance dépendent de l’exploitation forestière, se retrouvent en première ligne. L’interdiction risque d’aggraver leur précarité, déjà mise à mal par la sécheresse, la hausse des prix des denrées et la fermeture des échanges transfrontaliers. Le Burkina Faso, qui a instauré des mesures similaires dès 2023, a enregistré une hausse brutale des déplacements internes dans les zones militarisées.

Une tendance sahélienne partagée par plusieurs pays

Cette approche s’inscrit dans un mouvement régional plus large. Le Burkina Faso et le Niger, membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), ont également adopté des dispositifs d’exception pour reprendre le contrôle des territoires face aux groupes armés. Cette convergence reflète une vision commune de la souveraineté, fondée sur l’occupation militaire des espaces périphériques et la suspension de certains droits d’usage traditionnels.

Les partenaires internationaux suivent cette évolution avec prudence. Les défenseurs des droits humains ont déjà documenté des exactions dans des zones soumises à un régime militaire renforcé. La capacité du Mali à concilier efficacité opérationnelle et protection des civils sera scrutée de près, notamment par les pays voisins et les bailleurs de fonds encore actifs sur place.

Sur le plan économique, ces restrictions pourraient aussi toucher les exploitations minières artisanales et les sites aurifères en bordure des forêts concernées. Le gouvernement n’a pas encore précisé les modalités d’indemnisation ou de réinstallation des populations affectées. Selon les dernières informations, près d’une quarantaine de massifs forestiers sont concernés par cette mesure à travers le pays.