28 avril 2026

L’escalade de la guerre économique et l’expansion djihadiste au-delà du Sahel

Les chiffres clés du conflit

Entre le 1er janvier et le 28 novembre 2025 :

  • La violence politique a causé le décès de plus de 10 000 personnes au Burkina Faso, au Mali et au Niger.
  • Les groupes armés ont capturé 30 ressortissants étrangers au Mali (22) et au Niger (8).
  • Le Bénin a enregistré une augmentation de près de 70 % de la mortalité liée aux conflits par rapport aux onze premiers mois de l’année précédente.

En 2025, les organisations djihadistes ont intensifié leurs offensives dans le Sahel central, fragilisant la stabilité des gouvernements militaires de la région. Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et la Province de l’État islamique au Sahel (EIPA) ont consolidé leur emprise sur de vastes zones du Mali, du Burkina Faso et du Niger, tout en poussant leurs opérations vers les frontières du Bénin et du Nigeria.

La guerre économique est devenue un pilier de leur stratégie pour paralyser les États. Au Mali, le JNIM a imposé un blocus sévère sur le transport et le carburant vers les villes de Kayes et Nioro du Sahel. Ce sabotage des routes commerciales entre Bamako et les régions environnantes a provoqué des pénuries et une flambée des prix à l’échelle nationale. Cette tactique vise à miner la légitimité du régime militaire en étouffant l’économie. En conséquence, les violences dans les zones de Kayes, Sikasso et Ségou ont atteint des niveaux jamais vus depuis 1997.

Au Burkina Faso, le JNIM maintient une pression constante sur les forces armées et les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP). En mai, le groupe a brièvement pris le contrôle des capitales provinciales de Djibo et Diapaga, marquant une évolution majeure de ses capacités militaires. En septembre, une embuscade dévastatrice contre un convoi militaire près de Koubel-Alpha, dans la province du Soum, a coûté la vie à environ 90 soldats, constituant l’une des attaques les plus meurtrières contre l’armée burkinabè.

Le Niger, bien que moins touché que ses voisins, voit la menace s’étendre vers les régions de Dosso et d’Agadez. L’EIPA y mène sa propre forme de harcèlement économique en ciblant l’oléoduc Bénin-Niger. L’enlèvement d’un citoyen des États-Unis à Niamey en octobre illustre la vulnérabilité croissante des centres urbains, autrefois perçus comme des refuges sécurisés.

Le JNIM et l’EIPA ont également lancé des vagues d’enlèvements d’étrangers à des niveaux records. Le JNIM privilégie les travailleurs des sites miniers et industriels pour saboter la production, tandis que l’EIPA cible à la fois des Occidentaux et des ouvriers étrangers, externalisant parfois ces rapts à des réseaux criminels locaux.

L’extension du conflit vers l’Afrique de l’Ouest côtière en 2026

Un tournant majeur pour l’année 2026 réside dans la formation d’un nouveau front stratégique aux confins du Bénin, du Niger et du Nigeria. Cette zone est devenue un carrefour crucial pour les groupes militants sahéliens et nigérians.

Au cours de l’année 2025, le JNIM et l’EIPA ont renforcé leur présence dans cette zone des trois frontières. Le nord du Bénin a connu son année la plus sanglante, marquée par une attaque majeure dans le Parc W où plus de 50 soldats ont péri. Le JNIM a ensuite progressé vers le département du Borgou, à la frontière du Nigeria, et a revendiqué sa première action sur le territoire nigérian fin octobre.

Parallèlement, l’EIPA s’est implantée dans le sud-ouest du Niger, près de Gaya, tout en poursuivant ses activités dans les États de Sokoto et Kebbi au Nigeria. La fusion progressive des théâtres de conflit sahélien et nigérian crée un environnement instable s’étendant du Mali jusqu’à l’ouest du Nigeria. Cette zone devrait devenir un terrain de compétition intense entre le JNIM, l’EIPA, Ansaru et divers groupes de bandits.

Pendant que ce front sud se dessine, les juntes militaires du Sahel central font face à des pressions internes croissantes. Au Mali et au Burkina Faso, l’autorité de l’État s’érode dans les zones rurales où les djihadistes imposent leur propre ordre social et taxent les populations. Les milices d’autodéfense, comme les Dozos au Mali ou les VDP au Burkina Faso, sont à bout de souffle, certaines étant même contraintes de signer des accords avec les insurgés pour survivre.

Le partenariat militaire avec la Russie, via l’Africa Corps, montre des résultats limités. Si l’Africa Corps aide désormais à sécuriser les convois de carburant et les axes vitaux au Mali, il ne parvient pas à stopper l’expansion territoriale des groupes armés. Si les régimes de Bamako ou de Ouagadougou venaient à vaciller sous la pression populaire ou des divisions internes, un effet domino pourrait déstabiliser l’ensemble de la région en 2026.