28 avril 2026

Condamnation et détention arbitraire de l’avocate Ini Benjamine Esther Doli au Burkina Faso

Une avocate burkinabè victime de détention arbitraire et de condamnation injuste

Ini Benjamine Esther Doli

Le Burkina Faso fait face à une situation alarmante concernant la répression des défenseurs des droits humains. Récemment, l’avocate et militante Ini Benjamine Esther Doli a été condamnée et reste détenue arbitrairement, malgré les appels internationaux pour sa libération.

Condamnation pour exercice légitime de la liberté d’expression

Le 10 novembre 2025, le tribunal de grande instance de Ouagadougou a condamné Ini Benjamine Esther Doli à un an de prison ferme pour « outrage au chef de l’État » et « entreprise de démoralisation des forces armées ». Ces chefs d’accusation sont liés à des publications sur son compte Facebook où elle critiquait ouvertement les dysfonctionnements du système judiciaire et les violations des droits humains. Elle a écopé d’une amende de 1 000 000 FCFA (environ 1 525 euros). Bien qu’elle ait fait appel de cette décision, elle est toujours incarcérée au quartier féminin de la prison civile de Ouagadougou, où elle bénéficie cependant d’un accès à ses avocats, à sa famille et aux soins nécessaires.

Cette condamnation s’inscrit dans un contexte plus large de répression contre les défenseurs des droits humains au Burkina Faso. L’avocate, inscrite au Tableau de l’Ordre des avocats depuis juillet 2024, avait auparavant été enlevée dans la nuit du 31 août au 1er septembre 2025 à son domicile à Ouagadougou par des individus se présentant comme des gendarmes. Son dernier message public avant son enlèvement dénonçait les violations des droits fondamentaux et critiquait l’inaction des autorités face aux violences perpétrées contre la population.

Une militante engagée contre les violations des droits humains

Ini Benjamine Esther Doli était une figure active dans la défense des droits humains au Burkina Faso. Sur sa page Facebook, elle dénonçait régulièrement les atteintes à la liberté d’expression, les intimidations, les enlèvements et les violations des droits fondamentaux. Elle pointait également du doigt les lenteurs et les entraves à l’indépendance de la magistrature, soulignant la nécessité de renforcer l’autonomie et l’intégrité du système judiciaire burkinabè.

Son engagement lui a valu d’être ciblée par les autorités. Dès le 4 septembre 2025, le Bâtonnier de l’Ordre des avocats du Burkina Faso avait été informé de l’ouverture imminente d’une procédure à son encontre. Le 6 septembre, le procureur du Faso avait annoncé l’ouverture d’une enquête pour des faits présumés de « trahison », « outrage au chef de l’État » et « entreprise de démoralisation des forces armées ».

Un climat de répression généralisée au Burkina Faso

La situation d’Ini Benjamine Esther Doli n’est malheureusement pas isolée. D’autres défenseurs des droits humains et journalistes subissent le même sort au Burkina Faso. Parmi les cas les plus médiatisés :

  • Guy Hervé Kam, avocat et cofondateur du Balai citoyen, toujours incarcéré arbitrairement depuis janvier 2024 pour « complot et association de malfaiteurs » ;
  • Amadou Sawadogo, membre du mouvement Balai citoyen, porté disparu le 21 mars 2025 avant d’être libéré le 26 mai 2025 ;
  • Miphal Ousmane Lankoandé, secrétaire exécutif du Balai citoyen, enlevé le 30 mars 2025 et toujours porté disparu ;
  • Atiana Serge Oulon, journaliste d’investigation et directeur de publication du bimensuel l’Événement, enlevé le 24 juin 2024 et toujours porté disparu ;
  • Les journalistes Boukary Ouoba, Luc Pagbeguem et Guezouma Sanogo, enlevés le 24 mars 2025 et libérés respectivement les 17 et 21 juillet 2025.

Ces enlèvements, disparitions forcées et détentions arbitraires illustrent une tendance inquiétante de musellement de la société civile et des médias au Burkina Faso. Les autorités militaires au pouvoir sont pointées du doigt pour leur rôle dans cette répression systématique des voix dissidentes.

Appels internationaux à la libération immédiate

Plusieurs organisations de défense des droits humains, dont l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains (FIDH-OMCT), condamnent fermement la détention arbitraire et la condamnation d’Ini Benjamine Esther Doli. Elles exigent sa libération immédiate et inconditionnelle, ainsi que celle de tous les défenseurs des droits humains arbitrairement détenus au Burkina Faso.

L’Observatoire rappelle que le Burkina Faso est signataire du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) des Nations unies et de la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples, qui garantissent la liberté d’expression et d’association. Malgré ces engagements, les autorités continuent de violer ces droits fondamentaux.

Actions requises pour mettre fin à cette répression

Pour soutenir Ini Benjamine Esther Doli et les autres défenseurs des droits humains au Burkina Faso, l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains appelle à :

  • Garantir en toutes circonstances l’intégrité physique et psychologique d’Ini Benjamine Esther Doli et de tous les défenseurs des droits humains au Burkina Faso ;
  • Libérer immédiatement et sans conditions Ini Benjamine Esther Doli et tous les défenseurs des droits humains arbitrairement détenus ;
  • Ouvrir une enquête pour identifier les responsables des enlèvements et disparitions forcées ;
  • Respecter strictement les libertés fondamentales, en particulier la liberté d’expression et d’association, conformément aux standards internationaux des droits humains.

Voici les coordonnées des autorités à contacter pour exiger la libération d’Ini Benjamine Esther Doli :

  • Capitaine Ibrahim Traore, Président du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration II (MPSR II) : @CapitaineIb22 (X) ;
  • Jean-Emmanuel Ouédraogo, Premier Ministre du Burkina Faso : @J_E_Ouedraogo (X) ;
  • Edasso Rodrigue Bayala, Ministre de la Justice, des Droits humains et chargé des Relations avec les institutions : [email protected] ;
  • Jean Marie Karamoko Traore, Ministère des Affaires Étrangères : [email protected] ; @JeanMarieTraore (X) ;
  • Commission nationale des droits humains du Burkina Faso : [email protected] ; @BurkinaCndhX (X) ;
  • Sabine Bakyono Kanzie, Mission permanente du Burkina Faso auprès de l’Office des Nations unies à Genève : [email protected] ;
  • Oumarou Ganou, Représentant permanent du Burkina Faso auprès de l’ONU à New York : [email protected] ;
  • Mission Permanente du Burkina Faso auprès de l’Union africaine : [email protected].

Il est également encouragé d’écrire aux représentations diplomatiques du Burkina Faso dans vos pays respectifs pour exiger la libération immédiate d’Ini Benjamine Esther Doli et la fin de la répression des défenseurs des droits humains au Burkina Faso.