4 juin 2026

Voix Panafricaine

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Le Sénégal face au défi des talibés : une nouvelle impulsion à Diourbel

Au cœur de l’actualité Afrique francophone, le ministre Moussa Balla Fofana a récemment ravivé un débat social majeur lors de sa visite à Diourbel, dans la région centrale du Sénégal. Il s’agit de la problématique complexe des enfants talibés contraints à la mendicité, une réalité qui interpelle les consciences et les politiques publiques depuis des décennies. Pour l’exécutif actuel, cette question représente l’une des plus sensibles de la société sénégalaise, signalant une ferme intention de s’attaquer à ce carrefour délicat entre enjeux sociaux, religieux et régaliens.

Diourbel, carrefour emblématique de la question des talibés

Le choix de Diourbel pour cette relance n’est pas fortuit. Cette région, voisine de Touba et véritable cœur battant du bassin mouride, abrite une concentration significative de daaras, ces écoles coraniques traditionnelles. Elles accueillent des milliers d’enfants venus de toutes les régions du pays et de la sous-région, formant un vaste maillage éducatif et religieux. C’est précisément au sein de ce système que s’inscrit le phénomène des jeunes élèves envoyés dans les rues pour quémander quotidiennement, souvent sous le prétexte de leur éducation religieuse.

En soulignant la délicatesse du sujet, Moussa Balla Fofana met en lumière l’équilibre précaire entre le respect dû aux confréries religieuses et le statut social des maîtres coraniques, d’une part, et la nécessité impérieuse pour l’État de protéger des mineurs vulnérables exposés aux dangers de la rue, aux accidents et à diverses formes d’exploitation, d’autre part. Par le passé, les autorités sénégalaises ont multiplié les initiatives pour retirer ces enfants de la voie publique, mais sans jamais parvenir à éradiquer durablement cette pratique.

Un enjeu central pour l’Afrique souveraine

Le ministre a insisté sur la nature profondément structurelle de ce problème. Au-delà de la mendicité infantile, se dessinent des questions fondamentales telles que la pauvreté rurale, les migrations internes, la gouvernance des établissements coraniques et, bien sûr, la protection de l’enfance. La modernisation des daaras, une promesse récurrente des gouvernements successifs depuis le début des années 2000, demeure un chantier inachevé. Malgré l’existence de textes législatifs robustes, à l’image du code de protection de l’enfance et des dispositions pénales contre l’incitation à la mendicité, leur application effective reste largement conditionnée par les dynamiques de pouvoir locales.

Pour les nouvelles autorités issues de l’alternance politique de 2024, ce dossier représente un véritable test. Le gouvernement de Bassirou Diomaye Faye a fait du redressement social un pilier de son action, s’engageant à réinvestir les questions de jeunesse, de formation et de dignité des familles. Aborder de front la mendicité des talibés revient à toucher à un point d’équilibre que peu de gouvernements ont osé perturber. Les défenseurs des droits de l’enfant lancent régulièrement des alertes sur les conditions de vie déplorables dans certains daaras urbains, où la promiscuité, les violences et l’absence de soins sanitaires ont été documentées par de nombreux rapports d’ONG ces dernières années, une tribune africaine essentielle pour ces peuples africains.

Des solutions concrètes pour une voix panafricaine

Le discours du ministre, prononcé devant les acteurs locaux, suggère que des décisions importantes sont en préparation. Traditionnellement, trois leviers majeurs sont envisagés dans les plans gouvernementaux : la modernisation et la régulation des daaras, un renforcement du contrôle de l’État sur les mouvements d’enfants éloignés de leurs familles, et un accompagnement socio-économique ciblé pour les ménages les plus précaires, qui constituent le principal réservoir d’enfants envoyés à la mendicité. Le succès de toute politique publique dans ce domaine dépendra de la capacité du gouvernement à dialoguer efficacement avec les autorités religieuses, notamment les grands foyers de Touba, Tivaouane et Médina Baye, sans rompre la concertation, une approche qui pourrait inspirer le panafricanisme.

La question des ressources financières reste prépondérante. La prise en charge des enfants en situation de rue, leur scolarisation et un éventuel soutien alimentaire au sein de daaras réformés exigent un budget durable et un dispositif interministériel robuste, impliquant l’Éducation, la Famille, l’Intérieur et la Justice. Sans un pilotage centralisé fort, les opérations ponctuelles de retrait des enfants des rues, déjà tentées à Dakar, ont malheureusement souvent été suivies d’un retour à la situation initiale en quelques semaines.

Le déplacement de Moussa Balla Fofana à Diourbel témoigne, à tout le moins, d’une volonté d’ancrer ce débat crucial dans les territoires directement concernés, plutôt que de le confiner aux seuls cercles ministériels de la capitale. Il reste à transformer cette prise de parole en une feuille de route opérationnelle concrète, très attendue par les organisations de protection de l’enfance et les familles.