21 juillet 2026

Voix Panafricaine

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Contrôles policiers des étrangers à Dakar : quand la vigilance bascule dans l’excès

Les contrôles policiers des étrangers à Dakar : entre sécurité et suspicion généralisée

À Dakar, les opérations de vérification administrative ciblant les étrangers se multiplient. En l’espace de seulement huit jours, près de 500 personnes de différentes nationalités ont été interpellées par les forces de l’ordre, dont 36 déférées au parquet pour séjour irrégulier. Ces chiffres, révélés par une enquête récente, illustrent une intensification des contrôles qui nourrit un climat de méfiance grandissant au sein de la société civile et des communautés expatriées.

Parmi les personnes concernées, Amadou Bangoura, un étudiant béninois âgé de 30 ans, résidant au Sénégal depuis cinq ans pour y poursuivre ses études supérieures, a vécu une expérience révélatrice de cette tendance. Alors qu’il quittait un centre sportif du quartier de Liberté 6 aux alentours de 22 heures, une patrouille l’a interpellé et lui a demandé de présenter ses documents d’identité. N’ayant pas ses papiers sur lui, l’étudiant a ressenti une angoisse immédiate : crainte du refoulement, appréhension d’un emprisonnement, ou encore l’idée de devoir comparaître devant le procureur. Après vérification de ses déclarations, les policiers l’ont finalement conduit à son domicile, où il a pu présenter son passeport et ses documents prouvant la régularité de son séjour. L’incident s’est soldé sans suite, mais l’épisode a marqué les esprits.

Le cas d’Amadou Bangoura n’est malheureusement pas isolé. Depuis plusieurs semaines, les opérations de contrôle menées par la Direction de la police des étrangers et des titres de voyage (DPETV) se sont multipliées dans la capitale et sa banlieue. Entre le 30 juin et le 8 juillet 2026, près de 490 étrangers ont été contrôlés, et 36 d’entre eux ont été déférés au parquet pour séjour irrégulier. Officiellement présentées comme des mesures visant à renforcer la sécurité des personnes et des biens, ces interventions suscitent de vives interrogations quant à leur finalité réelle et leur impact sur la perception des étrangers au Sénégal.

La société civile dénonce une logique de suspicion permanente

Cette multiplication des contrôles administratifs a alerté plusieurs organisations de la société civile, qui y voient une dérive inquiétante. Dans un communiqué publié le 13 juillet, cinq associations — dont Legs Africa, Frapp, Nawle, Afrikajom Center et Diwan Citoyen — ont exprimé leur préoccupation face à ce qui leur apparaît comme une banalisation progressive de la suspicion envers les étrangers.

« La souveraineté d’un État ne doit pas être confondue avec l’arbitraire », rappellent les signataires. Leur inquiétude porte moins sur l’existence même d’une politique migratoire que sur le glissement vers une logique où l’étranger n’est plus perçu comme un individu titulaire de droits, mais comme une menace potentielle. Cette évolution transformerait alors un séjour régulier en une succession de démarches administratives éprouvantes, voire humiliantes.

Pour ces organisations, l’étranger ne doit pas être réduit à un simple risque administratif. Elles soulignent que la mobilité professionnelle et académique est une réalité mondiale, et que le Sénégal, comme d’autres pays, accueille des étrangers venus étudier ou travailler. Refuser cette réalité reviendrait à nier une partie de l’identité du pays, souvent saluée pour son hospitalité légendaire.

Sécurité et hospitalité : un équilibre à retrouver

Elimane Kane, président de l’association Legs Africa, rappelle que la sécurité et l’accueil des étrangers ne sont pas des concepts opposés, mais bien complémentaires. Si le contrôle des frontières et l’identification des personnes entrant sur le territoire relèvent effectivement de la responsabilité de l’État, il met en garde contre une interprétation excessive de ces mesures.

« La sécurité n’exclut pas l’altérité », insiste-t-il. Il appelle à une meilleure coordination entre les forces de sécurité chargées de ces opérations, afin d’éviter que les contrôles ne soient perçus comme des persécutions ciblées. Pour lui, la réponse ne réside pas dans l’accusation systématique des migrants, mais dans la création de conditions permettant aux jeunes Sénégalais de saisir les opportunités disponibles, tout en garantissant un accueil digne à ceux qui choisissent de s’installer légalement dans le pays.

La question qui se pose désormais est de savoir comment concilier les impératifs de sécurité avec le respect des droits fondamentaux et la tradition d’hospitalité sénégalaise. Une chose est sûre : dans un contexte où les frontières entre vigilance et suspicion s’amenuisent, la société civile et les autorités devront trouver un terrain d’entente pour préserver l’image d’un Sénégal accueillant, tout en assurant la protection de ses citoyens.

Un étudiant béninois résidant au Sénégal depuis cinq ans raconte l’angoisse d’un contrôle policier nocturne et ses conséquences sur la perception des étrangers.