Le Gabon Economic Forum (GEF) 2026 a rassemblé les figures majeures de l’économie gabonaise le samedi 27 juin, au sein de la Cité de la Démocratie de Libreville. Organisé sous l’égide de la Fédération des entreprises du Gabon (FEG), cet événement a marqué un tournant historique : pour la première fois, il a été entièrement conçu et financé par le secteur privé, sans aucune subvention publique ni partenariat institutionnel majeur. Cette nouvelle approche souligne la détermination du patronat gabonais à exprimer son point de vue de manière indépendante vis-à-vis de l’État et à influencer activement les réformes économiques nationales.
Au cœur des préoccupations exprimées par la FEG figuraient deux dossiers cruciaux : la situation financière de la Caisse nationale d’assurance maladie et de garantie sociale (CNAMGS) et la problématique persistante de la dette intérieure. L’accumulation de cette dernière étrangle depuis des années la trésorerie des entreprises locales. Les travaux du forum se sont articulés autour de huit ateliers thématiques, identifiés comme des chantiers prioritaires à soumettre aux pouvoirs publics.
Un audit de la CNAMGS pour restaurer la confiance
La FEG a officiellement demandé un audit complet de la CNAMGS, pilier du système de protection sociale gabonais. Cette exigence n’est pas anodine. Les employeurs, principaux contributeurs à cette caisse, se plaignent souvent d’un manque de transparence dans la gestion des fonds et d’une qualité de service qui ne correspond pas toujours aux attentes. Plusieurs intervenants ont mis en lumière les retards de remboursement des prestataires de santé et ont soulevé des questions sur la viabilité à long terme de son modèle.
Pour le patronat, un audit externe et indépendant est une étape indispensable avant toute restructuration du secteur. La fédération est convaincue que la clarté des comptes de la CNAMGS est essentielle pour bâtir un futur pacte social crédible, tel que souhaité par les autorités de transition. Au-delà de l’aspect technique, cette revendication revêt une dimension politique forte : rétablir la confiance entre les acteurs économiques privés et les institutions publiques chargées de gérer leurs cotisations.
Un plan d’apurement de la dette intérieure présenté à l’exécutif
Le second axe majeur des discussions a porté sur la dette intérieure, point faible récurrent des finances publiques gabonaises. La FEG a remis à l’État un plan d’apurement détaillé, élaboré après une large consultation de ses membres impactés par les arriérés. Un grand nombre de Petites et Moyennes Entreprises (PME), constituant l’essentiel du tissu économique national, éprouvent des difficultés à honorer leurs propres engagements financiers en raison des créances non recouvrées auprès de l’administration et des entités parapubliques.
Le mécanisme proposé par les chefs d’entreprise prévoit un échelonnement des paiements, une certification préalable des créances et la mise en place d’un dispositif de suivi impliquant le secteur privé. Cette démarche vise à éviter les écueils des précédents plans d’apurement, souvent jugés opaques et inégalement appliqués. Elle s’inscrit dans un contexte où les autorités issues de la transition cherchent à consolider la crédibilité de l’État gabonais, tant auprès de ses fournisseurs nationaux que des bailleurs de fonds internationaux.
Le secteur privé gabonais prend l’initiative
Le choix de financer intégralement le GEF 2026 sur fonds privés est en soi un message politique puissant. Il marque une rupture avec les pratiques antérieures où les grands rendez-vous économiques étaient souvent co-organisés avec les pouvoirs publics, brouillant parfois la ligne entre dialogue constructif et communication officielle. En assumant seule la logistique et l’orientation des débats, la FEG s’affirme comme une force de proposition autonome, loin d’être un simple relais des politiques établies par l’État.
Cette position intervient à un moment crucial pour l’économie gabonaise. Le pays est confronté à la nécessité impérieuse de diversifier ses sources de revenus au-delà du pétrole et du manganèse, d’assainir ses finances publiques et de répondre à la pression sociale liée à l’emploi des jeunes. Les huit ateliers du forum ont ainsi couvert un large éventail de ces problématiques, allant des infrastructures à la fiscalité, en passant par l’amélioration du climat des affaires et la formation professionnelle.
Il reste désormais à voir comment les autorités accueilleront ces propositions. La méthodologie adoptée par la FEG, combinant documents techniques précis et exigences chiffrées, place l’exécutif face à ses responsabilités : répondre point par point aux demandes ou s’exposer à une intensification du discours patronal lors des prochaines échéances.
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