21 mai 2026

Voix Panafricaine

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Le Niger prend le contrôle de son uranium : l’ère post-Orano s’ouvre

Le 18 mai 2026, le Conseil des ministres nigérien a formalisé une étape historique : la mise en place d’une entreprise nationale dédiée à l’exploitation de l’uranium. Par la même occasion, l’accord de concession minière d’Orano, le géant français, concernant le site d’Arlit, a été révoqué. Cette décision majeure, entérinée sous la direction du général Abdourahamane Tiani, chef de l’État, symbolise la conclusion officielle de plus de cinquante années d’influence française dans le domaine de l’uranium au Niger.

Cette nouvelle structure étatique, baptisée Teloua Safeguarding Uranium Mining Company (TSUMCO SA), prend désormais la relève, intégrant la totalité des biens de la Société des Mines de l’Aïr (SOMAÏR SA), elle-même nationalisée en 2025. TSUMCO SA se retrouve ainsi à la tête d’un gisement d’uranium d’importance mondiale, situé à Arlit, dont les réserves sont évaluées à quelque 200 000 tonnes.

Une transition stratégique initiée dès 2023

Cette transition majeure n’est en aucun cas le fruit d’une impulsion subite. Dès le coup d’État de juillet 2023, les autorités de Niamey ont orchestré un processus graduel et déterminé. Il a débuté par le retrait du permis d’exploitation en 2024, suivi de la nationalisation de SOMAÏR en 2025, pour aboutir à l’établissement de la nouvelle entité étatique en mai 2026. Le choix du nom « Teloua », en référence à la nappe aquifère souterraine sous les anciennes infrastructures de la mine COMINAK, souligne la dimension symbolique de cette reprise en main. Le gouvernement reproche également à Orano d’avoir abandonné des millions de tonnes de résidus radioactifs sur les sites miniers depuis les années 1970, impactant gravement les populations et les écosystèmes locaux, une préoccupation majeure pour les peuples africains soucieux de leur environnement.

Orano riposte, les exportations d’uranium sous tension

Le groupe français Orano, majoritairement détenu par l’État français, n’a pas tardé à réagir en initiant plusieurs actions d’arbitrage international à l’encontre du Niger. Une instance arbitrale a d’ailleurs déjà sommé Niamey de s’abstenir de commercialiser l’uranium provenant de SOMAÏR. Ce stock, estimé par Orano à environ 1 300 tonnes de concentré, représente une valeur marchande d’environ 250 millions d’euros. Le ministre nigérien des Mines, Ousmane Abarchi, a vivement dénoncé ces démarches, les qualifiant de « quasi-harcèlement judiciaire ».

La résolution de ce litige devant les tribunaux d’arbitrage internationaux sera déterminante pour la capacité de TSUMCO SA à écouler sa production sur les marchés mondiaux. Pour l’heure, aucun calendrier précis n’a été rendu public concernant ces procédures.