5 juin 2026

Voix Panafricaine

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Le Cameroun face à son miroir : quand le changement se heurte à nos propres limites

Armand Noutack : « le vrai problème du Cameroun, ce ne sont pas seulement les dirigeants, c’est aussi nous »

Dans cet entretien sans concession, l’enseignant et observateur politique expose sans détour les contradictions d’une société camerounaise qui réclame le changement tout en y résistant par ses actes quotidiens.

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Une société camerounaise paralysée par ses propres contradictions

Armand Noutack II, enseignant et observateur politique, lance un pavé dans la mare en pointant du doigt les Camerounais eux-mêmes comme acteurs centraux des blocages qui freinent le développement du pays. Dans une tribune percutante, il dénonce une société qui se complaît dans le statu quo tout en clamant haut et fort son désir de changement.

Pour lui, « le Cameroun veut le changement uniquement si ses petits intérêts frauduleux ne sont pas touchés ». Une réalité qui se traduit par des comportements individuels et collectifs souvent contradictoires avec les discours tenus en public.

L’enseignant s’interroge : « Ce système de corruption généralisée a-t-il été pensé par le Président Biya ou bien s’est-il simplement accommodé avec pour se maintenir au pouvoir ? »

Mais surtout, il met en lumière l’hypocrisie d’une population où chacun se dit prêt au changement… à condition que cela ne remette pas en cause ses privilèges ou ses pratiques illicites.

Ces Camerounais qui crient « changement » mais sabotent eux-mêmes le progrès

L’auteur dresse un tableau sans concession des comportements qui trahissent les discours. Entre les fonctionnaires qui perçoivent des salaires illégalement tout en exigeant le départ de Paul Biya depuis l’étranger, les opposants qui négocient des places pour leur progéniture avec les ministres qu’ils critiquent en public, ou encore les commerçants qui vendent des produits avariés tout en dénonçant la mauvaise gouvernance, la liste est longue.

Les exemples s’enchaînent :

  • Les agents de l’État qui truquent les balances au marché ou trafiquent leurs compteurs d’eau et d’électricité, tout en réclamant un nouveau gouvernement.
  • Les enseignants qui monnayent les notes et harcèlent moralement leurs élèves, tout en participant aux meetings d’opposition.
  • Les policiers qui monnayent leur lâcheté administrative et les médecins qui désertent le public pour le privé lucratif.
  • Les journalistes dont la plume dépend des appels nocturnes, et les promoteurs d’écoles privées qui spéculent sur l’avenir des jeunes.

Pour Noutack II, « la vérité, c’est que nous sommes corrompus. Si c’était une corruption superficielle, on pourrait comprendre, mais nos mentalités sont atteintes. Et c’est là que ça fait mal. »

Le changement commence par une révolution intérieure

L’enseignant ne se contente pas de critiquer : il propose une solution radicale. Pour lui, « si tu ne peux pas être toi-même le changement que tu veux pour ton pays, alors tais-toi ». Il appelle à une prise de conscience collective et individuelle, où chacun doit commencer par assainir ses propres pratiques avant de demander des comptes aux dirigeants.

Son conseil au ministre Motaze est clair : « infiltrer chaque corps de métier pour détecter et sanctionner les agents frauduleux ». Mais surtout, il insiste sur la nécessité de « détruire la toile d’araignée de corruption mentale dans laquelle tous les Camerounais sont piégés depuis 43 ans », qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition.

En conclusion, Armand Noutack II rappelle que le vrai défi du Cameroun ne réside pas uniquement dans le remplacement de ses dirigeants, mais dans une transformation profonde de ses citoyens, où chacun doit accepter de remettre en question ses propres compromis avec l’injustice et l’illégalité.

Son message final est sans ambiguïté : « Allez chercher les actes de naissance et les preuves de scolarisation de vos enfants pour justifier vos allocations familiales, c’est tout. Sinon, vous allez rembourser l’argent perçu illégalement et peut-être même vous retrouver en justice. »