Une alliance citoyenne et politique contre le flou sécuritaire
Dans un contexte marqué par l’essor des menaces terroristes au Sahel, la région des Savanes, au nord du Togo, fait face à une pression sécuritaire croissante. Pourtant, c’est une autre forme d’incertitude qui agite désormais Lomé : celle liée à la présence présumée de forces militaires et paramilitaires étrangères sur le territoire national. Une coalition de l’opposition et de la société civile togolaise a brisé le silence en exigeant des comptes publics sur ces engagements, révélant une fracture entre les besoins sécuritaires et les impératifs de transparence.
Un rassemblement inédit pour clarifier la présence étrangère
Plusieurs mouvements politiques et associations de la société civile, dont la Dynamique Monseigneur Kpodzro (DMK), la Dynamique pour la majorité du peuple (DMP), le mouvement Lumière pour le développement dans la paix (LDP) ainsi que le Front « Touche pas à ma Constitution », ont uni leurs voix dans une déclaration commune. Leur objectif ? Obtenir des réponses précises sur le statut, les missions et le cadre juridique des personnels étrangers déployés, notamment dans la zone frontalière avec le Burkina Faso.
Pour ces acteurs, le silence des autorités sur ce sujet est inacceptable. Ils rappellent que la lutte contre l’insécurité ne doit pas servir de prétexte à une opacité institutionnelle, surtout lorsque des vies et la souveraineté nationale sont en jeu.
Des acteurs controversés sous le feu des projecteurs
Parmi les structures visées par la coalition, deux noms reviennent avec insistance : l’Africa Corps, bras sécuritaire russe en Afrique, et la société militaire privée turque SADAT, souvent associée à des missions de formation et d’assistance technique.
Les opposants évoquent des chiffres non confirmés, comme celui de 350 personnels russes déployés, tandis que des rumeurs persistent sur le rôle exact de ces équipes : formation de soldats, renseignement ou participation directe à des opérations militaires ? Le manque de communication officielle de la part de Lomé, mais aussi de Moscou et d’Ankara, alimente les spéculations et nourrit un climat de méfiance.
Souveraineté nationale, cadre légal et enjeux financiers
Si la nécessité de protéger le territoire togolais n’est pas contestée, c’est la manière dont cette protection est organisée qui soulève des questions. L’opposition met en avant trois axes critiques :
- La chaîne de commandement : Les signataires exigent que tout personnel étranger soit placé sous l’autorité exclusive des Forces armées togolaises (FAT) et respecte les cadres juridiques nationaux et internationaux. Aucune marge de manœuvre ne doit être laissée à des interprétations en dehors du droit togolais.
- Le respect des libertés civiles : L’une des craintes majeures concerne une possible instrumentalisation des forces étrangères dans des opérations de surveillance, d’arrestation ou d’intimidation ciblant des civils ou des opposants politiques. Les mouvements citoyens rejettent catégoriquement toute implication dans le maintien de l’ordre public.
- Le coût pour le contribuable : Sans débat parlementaire ni transparence sur l’utilisation des fonds publics, les partis signataires dénoncent un manque criant de responsabilité financière. Ils réclament un accès aux informations budgétaires concernant ces partenariats sécuritaires.
Une stratégie diplomatique en pleine mutation
Depuis plusieurs années, le Togo a diversifié ses alliances en matière de défense, cherchant à compenser le désengagement progressif des partenaires traditionnels occidentaux. Cette réorientation s’est concrétisée par des accords avec la Turquie et la Russie, avec des retombées visibles dès 2021 : livraison de drones de combat Bayraktar TB2 pour la surveillance des frontières et renforcement de la coopération militaire avec Moscou, incluant le renseignement, la formation et des exercices conjoints.
Ces initiatives s’inscrivent désormais dans la Stratégie Togo-Sahel 2026-2028, un plan gouvernemental visant à consolider les partenariats sécuritaires avec des acteurs étrangers. L’objectif affiché reste inchangé : sécuriser le territoire et empêcher la progression des groupes djihadistes vers l’Atlantique.
Vers un débat public nécessaire ?
La question du déploiement de forces étrangères dépasse largement les seuls enjeux militaires. Dans un Sahel marqué par des tensions politiques et une recomposition des alliances, la transparence devient un pilier de la stabilité nationale.
Pour l’opposition et la société civile, il est temps d’ouvrir un débat national. Ce dernier permettrait non seulement de lever les zones d’ombre sur le cadre légal de ces interventions, mais aussi d’éviter que la sécurité ne devienne un sujet de division politique. Les autorités sont désormais sous pression : le temps des réponses concrètes est venu.
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