La face cachée des échanges Sénégal-Côte d’Ivoire : 250 milliards FCFA, un potentiel à exploiter

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Le Premier ministre sénégalais a levé le voile sur un paradoxe économique frappant : malgré leur poids considérable dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), le Sénégal et la Côte d’Ivoire échangent bien moins que leur potentiel réel ne le suggère. Lors de sa visite officielle à Abidjan, Ahmadou Alhaminou Mohamed Lo a mis en lumière un chiffre révélateur : à peine 250 milliards de FCFA (environ 380 millions d’euros) d’échanges bilatéraux, alors que les deux pays concentrent près de deux tiers du PIB de l’UEMOA. Qu’est-ce qui bloque cette relation économique pourtant stratégique pour l’intégration régionale ?

Un corridor Abidjan-Dakar sous-optimisé, malgré des atouts majeurs

Lorsque l’on compare les volumes d’échanges entre le Sénégal et la Côte d’Ivoire à leur commerce extérieur global, la différence est frappante. Pour un pays comme la Côte d’Ivoire, dont le commerce extérieur dépasse 20 000 milliards de FCFA par an, l’axe sénégalais ne représente qu’une part infime. Même constat pour le Sénégal, dont les échanges extérieurs s’élèvent à environ 10 000 milliards de FCFA. Les deux nations privilégient des partenariats avec l’Union européenne, la Chine ou l’Inde, au détriment d’une collaboration intra-africaine pourtant naturelle.

Les obstacles sont structurels : des économies concurrentes plutôt que complémentaires, des barrières non tarifaires persistantes, et des coûts logistiques élevés. Les ports d’Abidjan et de Dakar, bien que majeurs en Afrique de l’Ouest, ne sont pas suffisamment connectés par des liaisons maritimes directes. Le fret routier, quant à lui, subit des surcoûts importants sur les corridors sahéliens, décourageant les échanges. La Banque africaine de développement alerte depuis des années sur ces freins à l’intégration, sans que les solutions concrètes ne se matérialisent.

Le secteur privé, acteur clé pour relancer la dynamique économique

Ahmadou Alhaminou Mohamed Lo a appelé les entrepreneurs des deux rives à jouer un rôle central dans cette reconquête des échanges. Depuis son entrée en fonction en 2025 dans le gouvernement de Bassirou Diomaye Faye, il mise sur une transformation économique ambitieuse pour le Sénégal, avec une industrialisation accélérée, une diversification des exportations et une montée en gamme des services. Autant de défis où l’expérience ivoirienne en agro-industrie, banque et services pétroliers pourrait inspirer Dakar.

Des groupes ivoiriens sont déjà implantés au Sénégal dans des secteurs comme la banque, les hydrocarbures et la grande distribution. À l’inverse, des acteurs sénégalais se sont installés en Côte d’Ivoire dans l’assurance, la logistique et les télécommunications. Pourtant, ces investissements ne génèrent pas encore de flux commerciaux significatifs. Le Premier ministre a reconnu cette réalité lors de son discours à Abidjan :

« Les échanges économiques et commerciaux entre nos deux pays, estimés à 250 milliards de FCFA, restent très en deçà des attentes en raison du potentiel d’investissement énorme que représente notre collaboration. »

UEMOA, Zlecaf : des accords régionaux encore en attente de concrétisation

Ce blocage n’est pas sans ironie à l’heure où l’Afrique se dote d’outils ambitieux pour renforcer son intégration. La part du commerce intracommunautaire dans l’UEMOA plafonne autour de 15 %, un taux bien inférieur à ceux observés en Afrique australe ou en Asie du Sud-Est. La Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), lancée en 2021, peine à produire les effets escomptés sur ce segment précis. Le diagnostic posé par la Commission de l’UEMOA confirme cette faiblesse persistante.

Les attentes sont pourtant immenses. Avec près de deux tiers du PIB de l’UEMOA entre leurs mains, le Sénégal et la Côte d’Ivoire pourraient devenir les moteurs d’une intégration économique réelle. Mais pour cela, il faut dépasser les logiques de concurrence et exploiter pleinement les synergies entre les deux pays.

Un rendez-vous sportif comme vitrine des ambitions économiques

La visite du Premier ministre sénégalais à Abidjan s’est tenue à quelques semaines des Jeux Olympiques de la Jeunesse de Dakar, prévus du 31 octobre au 13 novembre 2026. Premier événement olympique organisé en Afrique, cette manifestation représente bien plus qu’une compétition sportive : c’est une opportunité pour le Sénégal de démontrer sa capacité logistique et son rayonnement international. Les autorités sénégalaises ont sollicité l’adhésion de la jeunesse ivoirienne, dont le pays dispose d’infrastructures sportives parmi les plus avancées de la sous-région.

Au-delà du symbole, cette dynamique s’inscrit dans une vision plus large : la stratégie Sénégal 2050, l’exploitation des ressources gazières et un repositionnement stratégique au sein de la CEDEAO. Dans ce contexte, la relation avec la Côte d’Ivoire n’est plus une option, mais un levier essentiel. Le chiffre de 250 milliards de FCFA, désormais public, n’est plus un objectif, mais un minimum à dépasser pour que l’intégration west-africaine prenne enfin tout son sens. Comme l’a souligné le Premier ministre :

« Mon déplacement avait pour but non seulement de consolider nos acquis, mais aussi d’ouvrir de nouvelles perspectives alignées sur nos ambitions communes de développement économique et de prospérité pour nos peuples. »

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