23 juin 2026

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La Côte d’Ivoire mise sur une taxe carbone pour accélérer sa transition énergétique

La Côte d’Ivoire vise une réduction majeure de son empreinte carbone tout en maintenant une croissance économique soutenue.
Politique

La Côte d’Ivoire lance une taxe carbone pour accélérer sa transition énergétique

Le gouvernement ivoirien a dévoilé en mai 2026 sa stratégie nationale de taxation du carbone. Ce dispositif vise deux objectifs majeurs : encourager la réduction de la consommation d’énergies fossiles en augmentant leur coût, et générer des fonds pour financer la transition écologique et la justice sociale. Cette taxe s’inscrit dans la feuille de route climatique du pays, avec pour ambition une réduction drastique des émissions d’ici 2030.

Depuis le retour à la stabilité politique en 2011, la Côte d’Ivoire s’affirme comme l’une des économies les plus dynamiques d’Afrique. Désormais, le pays souhaite concilier performance économique et durabilité environnementale. Dans cette optique, Adama Coulibaly, ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, a présenté le 28 mai 2026 une stratégie nationale de taxation des émissions de carbone.

Des émissions en progression, mais une intensité carbone en recul

Sous l’effet de la croissance économique, les émissions de gaz à effet de serre de la Côte d’Ivoire ont plus que doublé entre 2011 et 2024, passant de 9 à 18,8 millions de tonnes. « Cette hausse s’explique principalement par la dépendance aux énergies fossiles, l’expansion des transports, l’industrialisation et les activités agricoles », a expliqué Adama Coulibaly.

Sur la même période, le produit intérieur brut (PIB) a presque triplé, évoluant de 35 à près de 87 milliards de dollars. Résultat : l’intensité carbone de l’économie ivoirienne a diminué, confirmant l’amorce d’une transition énergétique. Les émissions par habitant restent faibles comparées à la moyenne mondiale : 0,65 tonne par an, contre 5 tonnes en France, 8 tonnes en Chine et plus de 13 tonnes aux États-Unis.

Pourquoi Abidjan accélère sa décarbonation

Malgré ces progrès, le gouvernement ivoirien souhaite contribuer activement à l’effort climatique global. Les impacts du réchauffement – hausse des températures, perturbations des pluies, multiplication des catastrophes naturelles – menacent déjà de nombreux secteurs, en particulier l’agriculture, qui emploie près de la moitié de la population.

La Côte d’Ivoire s’est donc fixé un objectif ambitieux : réduire significativement son empreinte carbone d’ici 2035 tout en maintenant une croissance annuelle supérieure à 7 %. Dans sa troisième Contribution déterminée au niveau national (CDN), publiée en 2025, le pays envisage une baisse de 33 % de ses émissions avec ses propres moyens, et jusqu’à 74 % avec un soutien international.

Déploiement progressif de la taxe carbone

La taxe carbone s’articulera en trois phases. Entre 2026 et 2027, le cadre juridique et technique sera établi, avant une application progressive à partir de 2028-2029 avec un taux modéré. Celui-ci sera ensuite revalorisé jusqu’en 2035, suivi d’une phase d’évaluation et d’ajustement.

Cette taxe ciblera principalement les énergies fossiles, à l’exception du gaz butane. Son objectif : inciter à réduire leur consommation. Selon les projections gouvernementales, un tarif de 50 euros par tonne de CO₂ permettrait de diminuer les émissions nationales de 1,2 million de tonnes, soit 6 % du volume enregistré en 2024.

Le gouvernement anticipe des répercussions économiques à court terme. Le ministère de l’Économie estime que cette mesure pourrait entraîner une hausse des prix des carburants et peser sur la croissance durant les premières années d’application.

Une taxe au service de la transition, de l’emploi et des populations vulnérables

Les recettes générées par la taxe seront utilisées pour atténuer ces effets négatifs et accélérer la décarbonation. Elles financeront en priorité l’électrification du territoire, ainsi que des subventions pour l’achat de cuisinières électriques ou à gaz, afin de limiter l’usage du charbon de bois. Par ailleurs, une partie des fonds soutiendra le développement des véhicules électriques via des avantages fiscaux, des exonérations ciblées et le déploiement de bornes de recharge.

Le gouvernement s’engage à protéger les ménages les plus modestes en redistribuant une partie des recettes directement aux plus précaires. Ces fonds serviront également à créer des emplois verts et à accompagner la reconversion des secteurs impactés par la transition écologique. La taxe carbone s’inscrit ainsi dans l’ambition du Plan national de développement (PND) 2026-2030 : allier croissance économique, équité sociale et préservation de l’environnement.