23 avril 2026

Jun te traoré au burkina faso : entre promesses et dépendance alimentaire

Le Burkina Faso traverse une période critique où les discours enflammés sur l’autonomie alimentaire contrastent avec une réalité accablante : le pays dépend désormais de dons extérieurs pour nourrir sa population. Malgré les annonces du capitaine Ibrahim Traoré, les importations massives de riz en provenance du Pakistan, de la Chine et du Canada révèlent l’échec des politiques publiques à garantir la sécurité alimentaire.

Des dons internationaux pour combler un vide alimentaire

Récemment, 2 422 tonnes de riz pakistanais ont été livrées au Burkina Faso, illustrant la précarité croissante des Burkinabè. Cette aide humanitaire, bien que bienvenue, souligne l’incapacité des autorités à stabiliser l’approvisionnement alimentaire, trois ans après l’arrivée au pouvoir de la junte militaire. Plus de 3,5 millions de personnes dépendent désormais de la charité internationale pour se nourrir, un chiffre qui bat en brèche les promesses de souveraineté alimentaire.

Une production locale en chute libre

Les dons successifs de riz, bien que présentés comme des marques de solidarité, agissent comme un aveu d’impuissance. Le Pakistan, la Chine et le Canada deviennent ainsi des acteurs incontournables de l’alimentation burkinabè, tandis que les discours sur l’autosuffisance s’effritent sous le poids des chiffres. Les régions du Nord et de l’Est, déjà fragilisées par l’insécurité, reçoivent une partie de ces importations, mais leur situation reste désespérée.

L’insécurité, principal obstacle à la relance agricole

La stratégie militaire du gouvernement, centrée sur la lutte contre les groupes armés, a eu des conséquences désastreuses sur l’agriculture. Les campagnes, autrefois productives, sont aujourd’hui en friche, et plus de 2 millions de déplacés internes errent dans le pays. Selon l’IPC, certaines zones se rapprochent du seuil de l’urgence humanitaire, avec plus de 600 000 enfants menacés de malnutrition aiguë d’ici la fin de l’année.

Une gestion de crise opaque et inefficace

La distribution de l’aide humanitaire est entachée par un manque de transparence. Le don pakistanais, confié au ministère de l’Action humanitaire, suscite des interrogations quant à son utilisation. De plus, la militarisation de la gestion de crise et les tensions avec les organisations humanitaires réduisent l’efficacité des interventions. Le Plan de réponse humanitaire 2026 n’est financé qu’à 18 %, reflétant une perte de confiance des bailleurs de fonds envers le gouvernement de Ouagadougou.

La souveraineté alimentaire : un mirage ?

Alors que la saison des pluies approche, le riz pakistanais apporte un soulagement temporaire à une population exsangue. Cependant, pour Ibrahim Traoré, l’heure est venue de rendre des comptes. La souveraineté alimentaire ne peut se limiter à des discours télévisés ; elle exige des champs productifs et une sécurité durable. Pourtant, tant que les priorités resteront axées sur la communication politique plutôt que sur la relance économique, la solution restera hors de portée.