25 septembre 2026

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Ghana : après l’arrestation de Salomay Awiti, la pression monte sur l’État

L’affaire de l’infirmière Salomay Bafoh Awiti ne cesse de faire des vagues au Ghana. Son interpellation musclée et sa détention au secret pourraient bien marquer un tournant dans la manière dont les citoyens perçoivent la sécurité nationale. Alors que le pays se targuait d’être un modèle démocratique dans la région, ce dossier met en lumière les zones d’ombre des agences de sécurité et l’usage excessif de la force publique.

Une arrestation nocturne qui laisse des traces

Dans la nuit de samedi dernier, vers 23 heures, des agents lourdement armés ont fait irruption au domicile de Salomay Bafoh Awiti, infirmière diplômée en poste à l’hôpital d’Abetifi, à Techiman. Menottée devant ses proches, elle a été emmenée vers une destination inconnue. Les motifs invoqués : des transactions financières suspectes via Mobile Money et la diffusion de vidéos jugées offensantes.

Mais le drame ne s’arrête pas là. En embarquant la mère de famille, les agents ont abandonné ses trois enfants mineurs, âgés de 4 et 15 ans, sans aucune assistance. Pendant plus de 48 heures, sa famille et son avocat se sont heurtés à un mur de silence. Ni le Ghana Police Service, ni le National Security Secretariat, ni le BNI n’ont accepté de confirmer le lieu de détention.

Des accusations graves et des droits bafoués

Me Enoch Afoakwa, son conseil, a dû batailler ferme pour retrouver sa cliente, transférée au Criminal Investigations Department (CID) à Accra. Il dénonce des méthodes d’interrogatoire abusives : l’infirmière aurait été soumise à des pressions répétées pour témoigner sans la présence de ses avocats.

Présentée devant le Circuit Court One, l’affaire a pris une tournure politique lorsque le parquet a évoqué une prétendue conspiration visant à renverser le gouvernement, en complicité avec un intermédiaire virtuel. Une accusation jugée extravagante par la défense, qui souligne l’absence de feuille de charges avant l’audience. « Nous sommes de retour aux heures les plus sombres de notre histoire », s’est indigné Me Afoakwa, pointant la violation des garanties constitutionnelles.

Le Parlement sous pression

L’onde de choc atteint le Parlement, où la majorité présidentielle du New Patriotic Party (NPP) et ses figures juristes, comme le député et avocat Nana Agyei Baffour Awuah, doivent faire face à la colère de la société civile et des organisations de défense des droits humains. Tandis que certains parlementaires défendent la fermeté des institutions, l’opinion s’interroge sur la frontière de plus en plus floue entre lutte contre la criminalité et instrumentalisation de la justice à des fins d’intimidation politique.

Quelles perspectives pour la suite ?

Face à la mobilisation croissante du corps médical et des collectifs de libertés civiles, le tribunal a ajourné l’audience pour contraindre le parquet à formaliser ses accusations. Ce dossier dépasse désormais le simple cas de Mlle Awiti : il est devenu le test ultime de la résistance de la démocratie ghanéenne face aux tentations de l’arbitraire. Les réactions politiques et sociales qui suivront seront déterminantes pour l’avenir de l’État de droit au Ghana.