La scène politique camerounaise est le théâtre d’un vif échange entre le journaliste Georges Dougueli et le vice-recteur de l’université de Yaoundé II, Mathias Eric Owona Nguini. Au cœur de cette controverse, la pratique journalistique de la spéculation sur la santé des chefs d’État, notamment celle du Président Paul Biya, et les fondements de la rhétorique politique.
La spéculation, un pilier du journalisme d’investigation
Dans une récente tribune africaine, Georges Dougueli a directement interpellé Monsieur Owona Nguini. Ce dernier avait qualifié de « spéculation » les écrits de Dougueli concernant la situation du Président Biya. Le journaliste a fermement répliqué, affirmant que la « bonne spéculation » est une composante essentielle du métier de journaliste. Il a rappelé que pour les professionnels de l’information, aucune personnalité n’est sacrée, et qu’il est courant de préparer des nécrologies de figures publiques avant leur décès.
Dougueli a souligné l’importance de questionner la santé des dirigeants pour analyser efficacement la vie de l’État. Il a ainsi rejeté l’idée d’être « livré » aux forces de sécurité, comme l’aurait suggéré Owona Nguini, qualifiant cette menace d’inappropriée pour un homme politique averti comme le Président Biya. Le journaliste s’interroge sur la véritable cible de cette diatribe, cherchant à comprendre le public visé par les propos d’Owona Nguini.
Analyse de la rhétorique du « seigneur Ekang »
Georges Dougueli a ensuite décortiqué la « pensée » d’Owona Nguini, en s’attardant sur son usage du concept « Ekang ». Il a mis en lumière l’influence de l’anthropologue Laburthe Tolra sur cette notion, qui, issue de la mythologie Mvett, désigne les « Seigneurs de la forêt » comme des descendants du Nil ayant colonisé la forêt équatoriale.
Selon Dougueli, Owona Nguini interpréterait ces thèses au premier degré, nourrissant la conviction que cette population – présente au Gabon, en Guinée équatoriale et au Congo – aurait une vocation naturelle à gouverner ces territoires. Le journaliste a pointé du doigt le danger d’une telle « singularisation suprématiste », rappelant les tensions qu’elle a engendrées au Gabon lors de l’élection présidentielle de 2009, marquée par le slogan « Tout sauf les Fangs ». Il conclut que ce concept « Ekang » n’a pas réussi à traverser la frontière sud du Cameroun de manière constructive.
La « caste gouvernante » contre les aspirations des peuples africains
Abordant un autre aspect des déclarations d’Owona Nguini, Dougueli a analysé sa critique virulente des soutiens de Samuel Eto’o, les qualifiant d’« écervelés » ou de « nervi ». Pour Dougueli, ces propos visent à mobiliser une élite intellectuelle contre « les gens d’en bas », créant une opposition artificielle entre « cerveaux » et « mollets ».
Le journaliste y voit une tentative d’ériger Eto’o en « cancer » à éliminer symboliquement, afin de réhabiliter un certain « clan » dont l’image serait ternie par la mauvaise gouvernance, la corruption et les scandales politiques. Dougueli dénonce cette stratégie qui chercherait à priver les peuples africains de leur souveraineté, en imposant la volonté d’un monarque par l’abus des « hautes instructions ». Il met en garde contre les « vrais problèmes » que pourrait générer cette agitation intellectuelle, dénuée de retenue et de finesse.
Plus d'histoires
Cameroun et Turquie : un partenariat militaire et financier sans précédent
RDC : Jean-Claude Tshilumbayi présente un bilan chiffré des sept années de gouvernance Tshisekedi
L’avenir d’Aurélien Tchouaméni en suspens : un transfert majeur en pleine Coupe du Monde ?