En RDC, l’ombre d’un troisième mandat plane sur Félix Tshisekedi
Le débat politique en République Démocratique du Congo prend un tour décisif. Une décision récente de la Cour constitutionnelle congolaise confirme la conformité d’une loi sur l’organisation d’un référendum. Une avancée qui relance les spéculations autour d’un éventuel troisième mandat pour le président Félix Tshisekedi.
Le site Radio Okapi à Kinshasa titre sans détour : « Fini le suspense ! ». La Cour constitutionnelle a en effet validé la conformité de la loi référendaire avec la Constitution. Pourtant, derrière cette annonce administrative se profile un clivage profond au sein de la classe politique congolaise.
Un projet constitutionnel sous haute tension
Pour l’opposition, cette loi ouvre la porte à une révision de la Constitution. Une manœuvre qui permettrait à Félix Tshisekedi de prolonger son mandat au-delà de 2028. Une interprétation catégoriquement rejetée par le camp présidentiel, qui évoque plutôt une volonté d’améliorer le fonctionnement des institutions.
Félix Tshisekedi, en fonction depuis 2019, arrive en effet au terme de son second mandat en 2028. La Constitution actuelle interdit toute révision du nombre et de la durée des mandats présidentiels. Pourtant, lors d’une conférence de presse en mai 2026, il avait déclaré : « Si le peuple souhaite que j’aie un troisième mandat, j’accepterai », tout en précisant n’avoir « pas sollicité de troisième mandat ».
L’opposition en alerte maximale
Dès lors, la promulgation de la loi référendaire par le président Tshisekedi marque une étape cruciale. Comme le souligne Afrik.com, cette décision lui donne les moyens d’organiser un référendum. Une démarche que l’opposition perçoit comme une tentative de révision constitutionnelle pour permettre un troisième mandat. Une perspective inacceptable pour ses dirigeants, qui multiplient les actions pour bloquer toute modification de la Loi fondamentale.
À ce jour, le gouvernement n’a fourni aucun élément justifiant la méfiance de l’opposition. Pourtant, les déclarations passées de Félix Tshisekedi alimentent les craintes : il n’exclut pas l’hypothèse d’un troisième mandat si le peuple le lui propose.
L’Église catholique contre toute modification
L’influence de l’Église catholique en RDC ajoute une dimension supplémentaire à ce débat. La Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) a pris position de manière ferme contre toute révision constitutionnelle. Dans un communiqué, elle estime qu’il n’existe « ni la nécessité, ni l’urgence, ni l’opportunité » de modifier la Constitution. Un rejet sans appel alors que cette modification pourrait lui permettre de briguer un troisième mandat.
Les prélats congolais rappellent leur engagement constant en faveur du respect des institutions. Ils évoquent notamment les mobilisations de 2018, qui avaient poussé l’ancien président Joseph Kabila à renoncer à un troisième mandat malgré les pressions. Une période où la rue, la réprobation internationale et les menaces de sanctions avaient joué un rôle déterminant.
Dialogue politique ou manœuvre dilatoire ?
Le dialogue politique, encore en discussion, pourrait aborder la question constitutionnelle. Une initiative que Afrikarabia qualifie de « piège » potentiel. Le gouvernement souhaite en effet centrer les échanges sur la cohésion nationale face aux agressions rwandaises. À l’inverse, l’opposition exige que la révision constitutionnelle soit au cœur des débats.
Félix Tshisekedi a confié à des représentants religieux la tâche d’organiser ce dialogue. Une mission complexe, alors que les contours et l’inclusivité de l’exercice restent flous. Certains craignent que ce processus ne serve à affaiblir l’opposition en proposant des concessions dilatoires.
Reste à savoir si cette initiative permettra d’apaiser les tensions ou si elle servira de couverture à une stratégie visant à maintenir le président au pouvoir. Une chose est sûre : en RDC, la question d’un troisième mandat de Félix Tshisekedi divise et mobilise.
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