Une détention prolongée sans fondement légal
Depuis deux ans, l’ancien président du Niger, Mohamed Bazoum, est maintenu en détention arbitraire par les autorités nigériennes. Son arrestation, intervenue le 26 juillet 2023 à la suite d’un coup d’État mené par le général Abdourahamane Tiani, s’accompagne d’une privation totale de ses droits fondamentaux : aucune communication avec sa famille, ses avocats ou ses soutiens n’est autorisée. Malgré l’absence de toute justification légale solide, la junte militaire au pouvoir persiste dans cette situation.
Des accusations politiques et des procédures entachées d’irrégularités
La junte nigérienne a inculpé Mohamed Bazoum de « haute trahison » et d’« atteinte à la sûreté intérieure et extérieure du Niger » en août 2023. Pourtant, aucune audience préliminaire n’a encore été tenue, et les charges retenues contre lui relèvent davantage de motivations politiques que de violations réelles du droit nigérien. En avril 2024, les autorités ont engagé une procédure pour lever son immunité présidentielle, un processus jugé non conforme aux normes internationales d’équité par les observateurs.
En janvier 2025, la Cour de justice de la CEDEAO avait pourtant ordonné la libération immédiate de Mohamed Bazoum, reconnaissant le caractère arbitraire de sa détention. Malgré cette décision, le Niger, le Mali et le Burkina Faso ont annoncé leur retrait de l’organisation, affaiblissant ainsi les recours juridiques disponibles.
Une situation condamnée par la communauté internationale
Plusieurs instances internationales se sont prononcées en faveur de sa libération. Le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire a qualifié sa détention de violation flagrante du droit international et exigé sa remise en liberté immédiate en février 2025. Reed Brody, avocat membre du collectif défendant Bazoum, dénonce une « détention cruelle et illégale », soulignant l’isolement total du prisonnier et l’absence de perspective de procès équitable.
Human Rights Watch met en lumière les méthodes répressives de la junte, qui étouffe toute opposition politique, musèle les médias et retarde indéfiniment la transition vers un régime civil. La détention prolongée de Bazoum illustre cette stratégie de consolidation du pouvoir, au mépris des principes démocratiques et des engagements internationaux du Niger.
Un enjeu démocratique pour le Niger et la région
Ilaria Allegrozzi, spécialiste du Sahel pour Human Rights Watch, souligne que « chaque jour supplémentaire de détention éloigne davantage le Niger de la voie démocratique ». Les observateurs s’interrogent sur les motivations profondes de cette privation de liberté, qui semble davantage destinée à éliminer un rival politique qu’à servir la justice.
Alors que la junte multiplie les entraves à la tenue d’élections transparentes, la communauté internationale est appelée à réagir pour exiger le respect des droits humains et le retour à l’État de droit. La situation de Mohamed Bazoum reste un symbole des dérives autoritaires qui menacent la stabilité du Sahel.
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