La caf abandonne son projet pharaonique : tout comprendre au revirement de la can
Ce jeudi 29 octobre 2026, la Confédération africaine de football (CAF) a choisi de tourner la page d’une réforme audacieuse. En effet, quelques mois seulement après avoir annoncé le passage de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) à un format quadriennal, l’instance a acté un retour au rythme biennal. Une décision lourdement chargée de calculs économiques et de réalités sportives, loin d’être anodine. Mais quels sont les vrais dessous de ce changement de cap qui secoue le football continental ?
Un calendrier repensé, mais à quel prix ?
En décembre 2025, alors que le Maroc s’apprêtait à accueillir l’édition suivante, Patrice Motsepe, président de la CAF, avait fait sensation en dévoilant un projet ambitieux : transformer la CAN en un rendez-vous tous les quatre ans. L’objectif ? Désengorger un calendrier international saturé, réduire les conflits de dates avec les compétitions de clubs et renforcer la visibilité des sélections nationales. Pourtant, un détail crucial manquait à l’équation : comment remplacer une compétition aussi rentable sans perdre en attractivité ?
La réponse devait venir d’une nouvelle création, la Ligue des Nations africaine, pensée pour occuper le créneau entre deux CAN et combler le vide financier. Mais cette alternative, bien que prometteuse, manquait d’épaisseur à son lancement. Les décideurs de la CAF l’ont rapidement compris : une compétition sans histoire ni audience ne peut rivaliser avec un géant comme la CAN.
L’argument financier : le nerf de la guerre qui a fait plier la caf
Derrière chaque fédération, chaque sponsor ou chaque diffuseur, la CAN représente bien plus qu’un simple tournoi : une manne financière indispensable. En réduisant sa fréquence, la CAF prenait le risque de fragiliser son modèle économique, déjà fragilisé par des années de disette entre les éditions. Les recettes générées par les droits TV, les partenariats et les billetteries sont colossales, mais elles sont aussi conditionnées à une régularité.
La transition vers un format quadriennal supposait que la Ligue des Nations africaine puisse prendre le relais en générant des revenus comparables. Or, les projections étaient claires : il aurait fallu des années pour que cette nouvelle compétition atteigne une rentabilité suffisante. Face à cette incertitude, la CAF a préféré sauvegarder une poule aux œufs d’or plutôt que de miser sur un pari incertain.
La ligue des nations africaine : une solution encore en suspens
Imaginée comme un pilier de la nouvelle architecture sportive africaine, la Ligue des Nations africaine devait offrir une visibilité continue aux sélections nationales. Pourtant, son lancement a révélé des failles majeures : manque de notoriété, difficultés à attirer des sponsors et concurrence d’un calendrier déjà surchargé. Les fédérations, les clubs et les chaînes télévisées ont exprimé leurs doutes quant à sa capacité à générer des retombées comparables à celles de la CAN.
Dans son communiqué, la CAF a reconnu que cette nouvelle compétition nécessiterait plusieurs années de rodage avant de pouvoir assurer une stabilité financière. Une admission qui en dit long sur les limites du projet initial. En d’autres termes, remplacer un monument par une construction encore fragile revenait à jouer avec le feu. Le retour au format biennal était donc un choix stratégique et pragmatique.
Les fédérations africaines sous pression : un équilibre menacé
Au-delà des aspects financiers, la décision de la CAF répond aussi à une urgence sociale pour le football africain. Les 54 associations membres dépendent en grande partie des revenus générés par les compétitions continentales pour financer leur fonctionnement quotidien : organisation des championnats nationaux, formation des jeunes talents, rénovation des stades. Espacer la CAN aurait pu avoir des conséquences désastreuses pour des fédérations déjà en difficulté.
Patrice Motsepe a d’ailleurs souligné que le maintien d’un rythme biennal permettait de protéger les intérêts du football africain dans son ensemble. Pour les joueurs africains évoluant à l’étranger, la CAN représente aussi un tremplin pour leur carrière et une vitrine pour le talent continental. Réduire sa fréquence aurait pu affaiblir cette dynamique.
Un calendrier international toujours aussi complexe
Malgré le retour à deux ans, la CAF n’a pas résolu tous les défis liés au calendrier international. Le nouveau calendrier prévoit une CAN en 2027, puis en 2028, avant de laisser passer l’édition de 2030, année de la Coupe du monde. Une organisation qui tente de concilier les impératifs de la FIFA, les demandes des clubs et les attentes des supporters.
Cette adaptation montre que l’instance continentale reste attentive aux contraintes globales. Mais elle confirme aussi une réalité : le football africain doit encore trouver sa place dans un écosystème international de plus en plus saturé. Le retour à la formule biennale n’est qu’une étape dans une quête de stabilité, pas une solution miracle.
Et maintenant ? la caf face à son prochain défi
Ce virage à 180 degrés de la CAF n’est pas une simple reculade, mais une prise de conscience. L’instance a compris que vouloir réinventer le football africain en quelques mois était un pari trop risqué. En rétablissant la CAN tous les deux ans, elle mise sur un modèle éprouvé, tout en laissant la porte ouverte à une modernisation progressive.
Le vrai défi désormais ? Comment renforcer l’attractivité et la rentabilité de la CAN sans tomber dans les travers des éditions précédentes. Optimiser l’organisation, mieux négocier les droits TV, diversifier les partenariats… Autant de pistes à explorer pour pérenniser cette compétition mythique. Car une chose est sûre : dans le football africain, une CAN en péril, c’est tout l’écosystème qui vacille.