La ville de Cotonou, au Bénin, est devenue le théâtre d’un événement diplomatique majeur ce lundi 13 juillet 2026. Des ministres et chefs de délégation du Processus des États Africains Atlantiques (PEAA) s’y sont rassemblés pour esquisser les contours d’une intégration régionale plus robuste. La signature de la Déclaration de Cotonou, fruit de leurs délibérations sur la transition énergétique, la sécurisation des routes maritimes et l’établissement de corridors logistiques verts, représente un jalon géopolitique essentiel. Ce sommet stratégique témoigne de l’émergence d’une entité maritime africaine cohérente et déterminée à transformer ses défis partagés en moteurs de prospérité économique, incarnant ainsi la vision d’une Afrique souveraine.
Un dynamisme géopolitique inédit prend forme le long des rives de l’Afrique atlantique. Le 13 juillet 2026, Cotonou a accueilli la 7e Réunion ministérielle du PEAA, devenant le point névralgique de cette ambition. Co-organisée par le Bénin et le Royaume du Maroc, cette rencontre de haut niveau a réuni des ministres des Affaires étrangères, des chefs de délégation et des experts issus de l’ensemble du littoral atlantique du continent.
Sous la thématique ambitieuse de la « Consolidation d’un espace africain atlantique intégré : sécurité maritime, corridors logistiques verts et transition énergétique durable », les échanges ont transcendé les formalités protocolaires pour aborder les leviers économiques et stratégiques d’une région en profonde mutation.
Face aux menaces communes, l’impératif d’un front uni
L’immense espace atlantique africain, s’étendant sur des milliers de kilomètres de côtes, concentre une part significative de l’activité économique et des ressources naturelles du continent. Pourtant, cette façade maritime est confrontée à une multitude de menaces : la piraterie, la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN), les trafics transfrontaliers, sans oublier les conséquences dévastatrices du changement climatique sur les zones côtières.
Dès l’ouverture des travaux, Corinne Amori Brunet, Ministre béninoise des Affaires étrangères, a mis en exergue l’urgence d’une riposte collective, déclarant :
« Les défis sécuritaires, économiques, climatiques et énergétiques auxquels nous sommes confrontés n’ont pas de frontières. Ils exigent de notre part une réponse concertée et solidaire. Le Bénin s’engage fermement à promouvoir des partenariats structurants pour faire de notre espace atlantique un moteur de paix et de prospérité partagée. »
Cette démarche collaborative vise à dépasser les initiatives nationales isolées pour ériger une architecture de sécurité collective. L’objectif est de protéger efficacement les routes maritimes, vitales pour le commerce intra-africain et international, et de renforcer la souveraineté Afrique atlantique.
Le pivot économique : Corridors verts et transition énergétique
Un axe majeur de cette 7e session ministérielle réside dans l’accélération de la transition écologique appliquée aux secteurs maritime et logistique. L’instauration de « corridors logistiques verts » est désormais une priorité absolue pour les pays signataires.
Cette ambition collective s’articule autour de trois piliers stratégiques :
- La sécurité maritime : Une lutte acharnée contre la piraterie et la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN), afin d’assurer la protection durable des flux commerciaux.
- Le développement des corridors logistiques verts : Une modernisation décarbonée des infrastructures portuaires, alliée à une simplification des procédures douanières, pour accroître la compétitivité régionale.
- La transition énergétique durable : Une coopération renforcée pour l’exploitation des énergies renouvelables et un accès élargi à une électricité propre pour les peuples africains.
Ces corridors ne se limitent pas à la décarbonation du transport maritime ; ils constituent un puissant levier d’attractivité économique. En modernisant les infrastructures portuaires pour les rendre plus respectueuses de l’environnement et mieux connectées, les États du PEAA entendent réduire les coûts logistiques, optimiser les délais de traitement des marchandises et stimuler l’industrialisation locale.
Cette dynamique est intrinsèquement liée à la transition énergétique. L’espace atlantique recèle un potentiel colossal en matière d’énergies renouvelables (éolien offshore, solaire, hydrogène vert). En mutualisant leurs efforts et leurs technologies, les États membres aspirent non seulement à garantir leur indépendance énergétique, mais aussi à exporter de l’énergie propre vers les marchés mondiaux.
Le partenariat Maroc-Bénin : Catalyseur d’une vision panafricaine
Initié à Rabat en 2022 sous l’impulsion du Royaume du Maroc, le PEAA s’est affirmé comme une plateforme essentielle de dialogue Sud-Sud. À Cotonou, Mohamed Methqal, Directeur général de l’Agence marocaine de coopération internationale (AMCI), a réaffirmé l’engagement constant du Maroc.
Au nom du Royaume, il a salué les progrès accomplis en quatre ans et a réitéré la volonté du Maroc de soutenir activement la concrétisation de projets générateurs de valeur ajoutée pour les populations locales. Pour le Maroc, l’Atlantique représente plus qu’une simple frontière géographique ; c’est un espace géostratégique d’intégration économique, permettant également de désenclaver les pays du Sahel en leur offrant un accès facilité aux marchés mondiaux. Cette vision, empreinte d’un profond panafricanisme, renforce la voix panafricaine sur la scène internationale.
La forte participation diplomatique à cette réunion de Cotonou atteste de la crédibilité grandissante du processus. Outre les pays hôtes, les ministres des Affaires étrangères du Cap-Vert, de la Gambie, du Togo, ainsi que le vice-ministre du Ghana, ont activement pris part aux débats. La présence de délégations de poids économiques et démographiques du continent, tels que le Nigeria, l’Angola, la Côte d’Ivoire, le Sénégal, la RDC, le Gabon, le Cameroun, la Guinée équatoriale et la Mauritanie, confirme que l’avenir économique de l’Afrique se dessine en grande partie sur sa façade occidentale.
La Déclaration de Cotonou : Vers des actions concrètes
Les travaux se sont achevés par l’adoption unanime de la Déclaration de Cotonou. Loin d’être une simple profession de foi, ce document constitue une feuille de route pragmatique. Il engage les signataires à intensifier l’échange de renseignements maritimes, à harmoniser les cadres législatifs relatifs à l’environnement côtier et à favoriser les investissements transfrontaliers dans les infrastructures vertes.
Pour le Bénin, le succès de cet événement consolide sa réputation de carrefour diplomatique incontournable en Afrique de l’Ouest. Cette orientation s’inscrit directement dans la vision politique portée par le Président de la République, Romuald Wadagni. En positionnant le Bénin au cœur des initiatives multilatérales de développement durable et d’intégration, la présidence béninoise démontre qu’un développement économique résilient passe inévitablement par une ouverture stratégique sur le monde et une coopération régionale renforcée.
L’après-Cotonou s’annonce d’ores et déjà riche en défis. Les regards se tournent désormais vers la concrétisation technique des résolutions adoptées, avec l’espoir de voir émerger rapidement les premiers projets de corridors logistiques verts, symboles d’une Afrique atlantique unie, prospère et maîtresse de son destin.
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