Dans un contexte marqué par une crise humanitaire sans précédent, la Commission d’enquête indépendante des Nations Unies sur les droits humains dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu a détaillé, lors de sa première présentation officielle à Genève, les contours de sa mission. Son objectif ? Établir les faits, préserver les preuves et prévenir de nouvelles violations, afin de rendre justice aux victimes et de lutter contre l’impunité dans cette région déchirée par des décennies de conflits.
Une mission née d’une résolution historique
Créée par une résolution adoptée en février 2025 par le Conseil des droits de l’homme, cette Commission a été chargée d’enquêter sur les violations des droits humains et du droit international humanitaire dans l’Est de la République démocratique du Congo. Parmi ses priorités : les violences ciblant les femmes et les enfants, les crimes sexuels liés au conflit, ainsi que les exactions commises contre les populations déplacées ou réfugiées.
Arnauld Akodjenou, président de la Commission, a souligné lors de sa prise de parole que : « notre mandat ne vise aucun État ni aucune communauté en particulier. Il s’agit uniquement de rétablir la vérité avec rigueur et impartialité ». Une déclaration qui reflète l’indépendance revendiquée par l’institution face aux enjeux géopolitiques locaux et régionaux.
Des témoignages accablants recueillis à Kinshasa
Lors de sa première mission, menée principalement à Kinshasa en juin 2026, la Commission a rencontré des survivants, des représentants gouvernementaux, des acteurs de la société civile, des diplomates et des membres de l’Institution nationale des droits humains. Malgré l’impossibilité de se rendre directement à Goma pour des raisons logistiques, les échanges ont permis de collecter des témoignages glaçants.
- Violences contre les civils : meurtres illégaux, recrutement forcé d’enfants soldats, esclavage sexuel, arrestations arbitraires.
- Attaques systématiques contre les infrastructures essentielles : écoles, centres de santé, et barrages routiers imposant des taxes illégales.
- Obstacles à l’aide humanitaire : menaces contre les journalistes, défenseurs des droits humains et travailleurs humanitaires.
- Crise sanitaire aggravante : la menace persistante d’Ebola, qui s’ajoute à un contexte de déplacements massifs et d’affaiblissement des institutions locales.
« Les informations reçues décrivent une crise multidimensionnelle, où les populations civiles paient le prix fort d’un conflit aux ramifications complexes », a déclaré Arnauld Akodjenou. Il a également évoqué des violences sexuelles systématiques, des pratiques de détention illégales et des entraves à l’accès humanitaire, aggravées par l’insécurité régionale et la pandémie d’Ebola.
Un cadre méthodique pour protéger les victimes
La Commission a insisté sur l’importance de protéger les victimes, les témoins et les acteurs locaux qui collaborent avec elle. « Nous devons garantir leur sécurité pour que la justice puisse être rendue », a-t-il ajouté. Son approche repose sur trois piliers :
- Établir les faits de manière indépendante et méthodique, sans préjuger des responsabilités.
- Préserver les preuves pour permettre des poursuites judiciaires futures.
- Formuler des recommandations afin de prévenir de nouvelles violations et renforcer la protection des civils.
Arnauld Akodjenou a précisé que la Commission prévoit de se déployer directement dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu dès que les conditions le permettront. En attendant, elle continue de recueillir des preuves et de dialoguer avec les parties prenantes pour dresser un tableau complet de la situation.
Un défi de taille dans une région sous tension
L’Est de la RDC reste l’une des zones les plus instables d’Afrique, minée par des conflits armés récurrents, des groupes armés actifs et une crise humanitaire chronique. Les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, en particulier, sont le théâtre de violences intercommunautaires, de trafics illicites et d’affrontements entre forces nationales et groupes rebelles.
La Commission d’enquête de l’ONU intervient dans ce contexte pour offrir une voix aux sans-voix et contribuer à briser le cycle de l’impunité. Son travail s’inscrit dans une dynamique plus large visant à restaurer la paix et à soutenir les efforts de réconciliation nationale.
Alors que la situation sur le terrain continue de se dégrader, cette mission onusienne représente un espoir pour des milliers de Congolais qui aspirent à une vie normale, libérée de la peur des violences et des abus. La crédibilité de la Commission dépendra de sa capacité à traduire ses conclusions en actions concrètes, au service de la justice et des droits humains.
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