27 mai 2026

Voix Panafricaine

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Centrafrique : l’arrestation controversée de l’expert joseph figueira par le groupe Wagner

Dans une région marquée par des tensions communautaires persistantes, la soirée du 26 mai 2024 à Zemio, sous-préfecture du Haut-Mbomou en Centrafrique, devait rester un moment d’échange anodin. Deux experts internationaux, Joseph Figueira, chercheur belgo-portugais spécialiste des dynamiques peules, et un collaborateur ivoirien basé en République démocratique du Congo (RDC), avaient convié une cinquantaine de participants locaux à partager un verre dans un bar-restaurant. Leur venue s’inscrivait dans le cadre d’une mission d’évaluation pour le compte de l’ONG américaine FHI 360, financée par l’Usaid, visant à préparer un projet de prévention des conflits.

Pourtant, cette rencontre paisible a rapidement basculé. Alors que les discussions battaient leur plein, trois hommes armés du groupe Wagner, présent en Centrafrique depuis 2018 en tant que force d’appui aux autorités locales, ont fait irruption. Accompagnés d’un gendarme centrafricain assurant la traduction, ils ont interrompu l’assemblée sans explication. Joseph Figueira, malgré ses visas en règle et ses neuf jours de séjour passés à s’entretenir avec des responsables régionaux et nationaux, a été extrait de force. Les hommes de Wagner l’ont menotté et conduit à l’aérodrome voisin, où il a été embarqué dans un avion, le visage ensanglanté après des coups reçus.

Cette arrestation, menée hors de tout cadre légal, soulève des questions troublantes sur les méthodes utilisées par le groupe Wagner pour étouffer les initiatives locales et internationales. Les documents internes de cette entité, autrefois dirigée par Evgueni Prigojine et désormais sous contrôle étatique russe depuis août 2023, révèlent une stratégie d’influence et de désinformation systématique. Parmi plus de 1 400 pages analysées, des traces de cette campagne de propagande visant à discréditer les acteurs humanitaires et les experts étrangers émergent clairement. Joseph Figueira en est devenu une cible, son expertise sur les enjeux communautaires en Centrafrique représentant une menace pour les intérêts opérationnels de Wagner.

Cette affaire illustre la volonté de contrôle exercée par le groupe sur les acteurs locaux et internationaux, au mépris des normes juridiques et des principes humanitaires. Les méthodes employées, allant de l’intimidation à l’enlèvement arbitraire, rappellent les pratiques documentées dans d’autres zones d’influence russe en Afrique, où la souveraineté des États est souvent sacrifiée au profit d’intérêts géopolitiques. Pour les populations locales, déjà éprouvées par des décennies de crises, cette escalade de la violence institutionnelle ajoute une couche supplémentaire de précarité.