Cameroun : les dessous d’un an de pouvoir prolongé sous biya, analysés par les investisseurs

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Un an après la prolongation controversée du mandat de Paul Biya, les coulisses du Cameroun révèlent un écart grandissant entre les promesses politiques et les réalisations concrètes. Dans les cercles d’affaires et les chancelleries occidentales, les observateurs décryptent les mécanismes d’un système en quête de modernisation, mais entravé par des inerties structurelles. Entre immobilisme institutionnel et défis sécuritaires persistants, l’exécutif camerounais tente de maintenir sa crédibilité face à des partenaires qui scrutent chaque décision.

Le code électoral bloqué : un symbole des réformes en suspens au Cameroun

Les promesses de réforme du code électoral, maintes fois évoquées depuis 2018, restent lettre morte. L’opposition, menée par des figures comme Maurice Kamto ou Cabral Libii, exerce une pression constante pour exiger une refonte d’Elections Cameroon (Elecam), perçu comme un organe partisan depuis sa création. Malgré l’urgence affichée, aucun calendrier officiel n’a été dévoilé pour réformer cet outil électoral, laissant planer le doute sur la transparence des prochains scrutins. Les investisseurs étrangers, sensibles à la stabilité juridique, voient dans cette paralysie un signal préoccupant pour l’attractivité du pays.

Crise anglophone : l’ombre d’un dialogue national en demi-teinte

Le Grand dialogue national de 2019 avait acté l’instauration d’un statut spécial pour les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, épicentre d’une crise séparatiste depuis 2016. Pourtant, sa mise en œuvre traîne en longueur, freinant la reprise économique de ces zones clés pour des secteurs comme l’agriculture, notamment le cacao. Les rapports des agences onusiennes dénombrent toujours des centaines de milliers de déplacés internes, tandis que les affrontements entre l’armée et les groupes armés s’intensifient. Pour les opérateurs économiques, cette instabilité chronique représente un coût logistique et humain difficilement compensable.

Le cacao, une filière en souffrance

Les régions anglophones, historiquement productrices de près de 40 % du cacao camerounais, subissent de plein fouet les conséquences de la crise. Les routes commerciales sont perturbées, les récoltes sont pillées, et les exportateurs peinent à honorer leurs contrats. Les coûts de production explosent, tandis que les revenus des paysans s’effondrent. Les bailleurs de fonds internationaux, comme la Banque mondiale, alertent sur le risque de voir le Cameroun perdre son rang de troisième exportateur africain de cacao, au profit d’autres pays plus stables.

Dette publique et croissance atone : les limites d’un modèle économique à bout de souffle

Sous l’égide du Fonds monétaire international, le Cameroun s’est engagé dans un programme de consolidation budgétaire, avec un objectif de croissance oscillant entre 3,5 % et 4 % par an. Pourtant, ce rythme reste insuffisant pour absorber l’afflux démographique, avec près de 500 000 jeunes arrivant chaque année sur le marché du travail. Le ratio dette publique/PIB, proche de 45 %, limite les marges de manœuvre pour financer des infrastructures ambitieuses. Les partenaires techniques et financiers, comme la BEAC ou les institutions de Bretton Woods, pressent Yaoundé de rationaliser ses dépenses et d’améliorer la transparence sur les flux financiers, notamment dans le secteur pétrolier, où les revenus sont en baisse.

Menace terroriste au lac Tchad : un fardeau sécuritaire et humanitaire

À l’Extrême-Nord, la menace persistante de Boko Haram et de l’État islamique en Afrique de l’Ouest continue de fragiliser une région déjà vulnérable. Malgré la présence de la Force multinationale mixte (Cameroun, Nigeria, Niger, Tchad), les attaques ciblent régulièrement les villages autour du lac Tchad, perturbant l’agriculture et le commerce transfrontalier. Le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) classe cette zone parmi les plus exposées au Sahel, avec des centaines de milliers de déplacés et des besoins urgents en aide alimentaire. Le gouvernement maintient un effort budgétaire militaire élevé, mais sans stratégie publique visible pour une sortie de crise durable.

Succession de Paul Biya : l’inconnue qui plane sur l’avenir du Cameroun

À plus de 90 ans, Paul Biya incarne toujours la présidence camerounaise, mais la question de sa succession devient un sujet de plus en plus prégnant. La révision constitutionnelle de 2008, en supprimant la limite des mandats, a ouvert la voie à une transition dont personne ne parle ouvertement. Les spéculations vont bon train autour des possibles héritiers : le secrétaire général de la présidence, des membres du RDPC ou encore le Premier ministre Joseph Dion Ngute. L’incertitude pèse sur les partenaires économiques, notamment la France et la Chine, qui investissent massivement dans les hydrocarbures, les infrastructures portuaires (comme Kribi) ou les télécoms. Le précédent gabonais de 2023 a servi de rappel brutal : une transition mal gérée peut plonger un pays dans l’instabilité. Pour l’instant, aucun signe officiel ne laisse entrevoir un changement de cap institutionnel avant 2025.

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