25 septembre 2026

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Cameroun : après le boom des recettes douanières sur les téléphones, les importateurs entre colère et adaptation

A young man uses a cellphone as he waits for an appointment at an MSF (Medecins Sans Frontieres/Doctors Without Borders)-run centre for minor migrants without a family in Pantin outside Paris on July 3, 2018. / AFP PHOTO / Christophe ARCHAMBAULT

Au Cameroun, la réforme du mécanisme de dédouanement des téléphones importés a fait bondir les recettes de l’État à 1,8 milliard de FCFA entre avril et début septembre 2026. Mais derrière ce succès fiscal, les réactions des importateurs et des consommateurs dessinent les contours d’un marché en pleine mutation, entre protestations et tentatives d’ajustement.

Un nouveau mécanisme qui rapporte gros à l’État

La direction générale des douanes camerounaises a collecté 1,8 milliard de FCFA (environ 2,7 millions d’euros) de droits et taxes sur les téléphones, tablettes et terminaux numériques importés, sur la période allant d’avril à début septembre 2026. Avant la mise en œuvre de cette réforme, le dédouanement de ces appareils ne rapportait que 100 millions de francs par mois aux caisses publiques. Un bond spectaculaire qui témoigne de l’efficacité du nouveau dispositif.

À Yaoundé, les revendeurs de téléphones face à la hausse des prix

À l’avenue Kennedy, à Yaoundé, principal point de vente des téléphones portables importés au Cameroun, l’ambiance est mitigée. Seydou, importateur de téléphones d’occasion, explique les difficultés rencontrées avec le nouveau système de déclaration : « On importe les téléphones d’occasion qui sont vendus ici entre 20 000 et 25 000 francs CFA. Ils sont dédouanés à l’aéroport, mais les douaniers n’enregistrent pas leur numéro de série. Quand on les vend aux clients, ils reviennent nous dire qu’ils reçoivent tout le temps des messages qu’on va bloquer leurs téléphones. »

Depuis le 1er avril, les prix ont grimpé, selon Gérard Fontem, revendeur : « Les clients ne sont pas intéressés à acheter les téléphones non dédouanés, mais ils ne peuvent pas non plus payer le prix des téléphones dédouanés. Donc cela nous cause beaucoup de préjudices. » Certains modèles ont presque doublé, passant de 45 000 à 85 000 francs CFA.

« Ceux qui estiment que le prix a augmenté, ce sont ceux qui ne payaient pas »

Paul Olivier Libii, inspecteur principal des douanes et point focal de la réforme à la direction générale des douanes à Yaoundé, ne partage pas l’analyse des revendeurs : « Ceux qui estiment que le prix du téléphone a augmenté, ce sont ceux qui ne payaient pas [leurs taxes], parce que pour ceux qui payaient sur la base de la valeur transactionnelle à 66 %, le prix du téléphone va plutôt diminuer. Mais ceux qui ne payaient pas utilisaient le droit de douane comme variable d’ajustement pour mettre à mal ceux qui payaient. Le nouveau mécanisme va venir mettre tout le monde au même niveau. »

Un système de collecte digitalisé et allégé

Le nouveau dispositif n’est pas une nouvelle taxe, mais un système de collecte fondé sur la digitalisation, précise Paul Olivier Libii : « La valeur transactionnelle a été divisée par quatre, voire par sept. Nous avons huit catégories de collecte qui vont de 5 000 à 400 000 francs CFA. Ensuite le taux global est passé de 67 % à 33,33 %, donc ce sont des méthodes de facilité. » Environ cinq millions de téléphones échapperaient encore au système, mais les services des douanes promettent de les retrouver.

Quelles perspectives pour le marché camerounais ?

Si les recettes ont déjà dépassé les attentes, l’enjeu réside désormais dans l’acceptation du mécanisme par les acteurs de la filière. Les importateurs qui s’acquittaient déjà de leurs obligations devraient bénéficier d’une concurrence plus équitable, tandis que ceux qui opéraient dans l’informalité devront s’adapter. La douane entend poursuivre ses objectifs fiscaux, sécuritaires et économiques, avec en ligne de mire la traçabilité des terminaux et la protection des consommateurs.