Cameroon : la vacance du pouvoir est-elle envisageable ?
Une question légitime s’impose dans l’opinion publique camerounaise depuis le départ du chef de l’État pour un séjour privé en europe. mais la loi permet-elle d’envisager une vacance du pouvoir ?
Un séjour prolongé qui alimente les spéculations
Le président Paul Biya, en déplacement en europe depuis le 7 juin 2026 officiellement pour un « court séjour privé », suscite des interrogations croissantes. tandis que les autorités camerounaises assurent que son état de santé ne pose aucun problème, certains observateurs évoquent une possible vacance du pouvoir.
Les rumeurs se sont amplifiées après des révélations sur la localisation du chef de l’État : geneva, en suisse, où il séjourne régulièrement depuis plus de quatre décennies. mais au-delà des spéculations, qu’en dit la constitution camerounaise ?
Que prévoit la loi camerounaise ?
Contrairement à une idée reçue, la durée d’un séjour à l’étranger ne peut justifier à elle seule la constatation d’une vacance du pouvoir. le texte fondamental camerounais, clair et précis, n’impose aucune limite de temps pour un déplacement hors du territoire.
La loi camerounaise n’envisage la vacance du pouvoir que dans trois cas très spécifiques :
- le décès du président en exercice ;
- sa démission volontaire ;
- un empêchement définitif, dont la définition reste cependant floue.
Le terme « empêchement définitif » n’est pas davantage précisé par les textes, laissant une marge d’interprétation importante.
Une pratique constitutionnelle contestée
Si la loi autorise le président à diriger le pays depuis l’étranger, cette pratique interroge sur le plan éthique. depuis plus de 43 ans au pouvoir, Paul Biya n’a jamais signé de décret majeur en dehors du Cameroun. pourtant, son absence prolongée coïncide avec des retards administratifs notables, comme la formation tardive du gouvernement après l’élection présidentielle d’octobre 2025.
La réforme constitutionnelle ayant rétabli le poste de vice-président, dont la nomination tarde à se concrétiser, renforce les suspicions. certains y voient le signe d’une gouvernance à distance, voire d’une fragilité institutionnelle.
La question n’est donc pas tant juridique que politique : un chef d’État peut-il exercer ses fonctions à distance sans remettre en cause la légitimité de son pouvoir ?
Un débat qui dépasse le cadre légal
Au-delà des interprétations constitutionnelles, c’est la confiance des citoyens qui est en jeu. l’opacité entourant le séjour de Paul Biya alimente les doutes sur sa capacité à assurer pleinement ses fonctions. tandis que les autorités multiplient les assurances, l’opinion publique, elle, attend des actes concrets.
Dans un contexte où la transparence devient un enjeu démocratique majeur, la gestion de cette absence prolongée pourrait bien redéfinir la relation entre le pouvoir et les camerounais.
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