14 mai 2026

Burkina Faso : les éleveurs dans l’impasse à l’aube du Ramadan

Une interdiction aux conséquences dévastatrices pour les éleveurs burkinabè

À l’approche du Ramadan, traditionnellement marqué par une demande accrue en produits carnés, la mesure d’interdiction d’exportation du bétail décrétée par les autorités place les éleveurs du Burkina Faso dans une situation critique. Si cette décision est présentée comme un moyen de réguler les prix sur le marché local, elle se révèle, pour les acteurs de la filière, un obstacle insurmontable à leur survie économique.

Des contraintes logistiques et financières aggravées

L’interdiction, appliquée avec une rigueur croissante par la Brigade Mobile de Contrôle Économique et de la Répression des Fraudes, prive les éleveurs et commerçants de leur principale source de revenus. Le bétail, loin d’être une simple marchandise, exige des investissements constants en eau, en nourriture et en soins, dont les coûts ne cessent de croître en cette période de l’année. En fermant les frontières aux exportations vers les marchés sous-régionaux, où les prix sont traditionnellement plus élevés durant le mois de jeûne, le gouvernement prive ces familles de ressources essentielles.

Un paradoxe politique et religieux

La situation prend un tour particulièrement ironique lorsque l’on considère que le Capitaine Ibrahim Traoré, à l’origine de cette mesure, est lui-même de confession musulmane. Cette contradiction entre les principes d’équité et de solidarité prônés par l’Islam et la rigidité des directives actuelles interroge l’opinion publique. Pour des milliers de familles, le bétail constitue non seulement un gagne-pain, mais aussi une épargne mobilisée pour honorer les traditions du Ramadan et de l’Aïd. En bloquant les exportations, le régime risque de fragiliser ces foyers au moment où leur stabilité financière est la plus menacée.

L’économie informelle, seule issue pour les producteurs

Face à l’impossibilité de vendre légalement leur bétail à l’étranger, certains éleveurs se tournent vers des circuits clandestins, malgré les risques encourus. Cette précarité économique pousse les producteurs à choisir entre vendre à perte sur un marché local saturé ou tenter de contourner les contrôles frontaliers. Une telle démarche, dictée par le désespoir, soulève une question fondamentale : une souveraineté alimentaire peut-elle s’édifier au prix de l’asphyxie de ceux qui en assurent la production ?

Si la lutte contre les fraudes reste une prérogative légitime de l’État, l’absence de mesures d’accompagnement ou d’assouplissement pendant cette période de forte demande risque de creuser un fossé de méfiance entre les populations rurales et les autorités de Ouagadougou. Une décision, initialement présentée comme un outil de régulation, pourrait bien se muer en un facteur de crise sociale durable.