22 mai 2026

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Bilan des infrastructures en attente : Ousmane Sonko pointe des milliards gaspillés

Le PM Ousmane Sonko lors d'un conseil interministériel sur les infrastructures

Un rapport détaillé présenté par le Premier ministre Ousmane Sonko lors d’un conseil interministériel révèle 245 infrastructures et projets en souffrance, représentant des milliards de francs CFA investis sans retour tangible. Ces actifs, répartis en quatre catégories, soulèvent des questions sur la gestion des ressources publiques.

Quatre catégories de projets à la traîne

L’analyse menée par la Primature a permis d’identifier :

  • Des infrastructures terminées mais non exploitées : 30 projets, dont 25 bloqués, représentent un investissement gelé de 279 milliards de francs CFA. Quinze d’entre eux sont classés comme prioritaires en raison de leur impact financier et des blocages persistants.
  • Des actifs opérationnels mais sous-exploités : 23 infrastructures, réparties dans huit secteurs et gérées par 13 entités, sont valorisables pour un montant estimé à 1 065 milliards de francs CFA.
  • Des chantiers à finaliser d’urgence : 94 projets, dont 62 bloqués, nécessitent un financement complémentaire de 973 milliards de francs CFA pour être achevés. Leur coût total s’élève à 5 227 milliards.
  • Un patrimoine foncier à optimiser : 97 biens immobiliers de l’État, principalement situés à Dakar, pourraient être recyclés ou valorisés. Leur valeur marchande atteint 132 milliards, avec un coût de rénovation estimé à 12,1 milliards.

Des blocages aux multiples origines

Les causes de ces retards sont variées et souvent cumulatives :

Problèmes financiers

Quarante-deux projets subissent des blocages liés à des insuffisances de crédits, des retards de paiement ou des défauts de financement. Résultat : arrêts de travaux, équipements non livrés ou budgets de fonctionnement inexistants.

Défis juridiques et administratifs

Quatorze projets sont paralysés par des conflits juridiques, des marchés annulés, des blocages administratifs ou l’absence de décrets institutionnels. Ces obstacles retardent la signature de conventions et d’avenants.

Difficultés techniques et opérationnelles

Dix-huit projets bloqués révèlent des problèmes de coordination entre les acteurs, notamment entre maîtres d’ouvrage et opérateurs de réseaux (eau, électricité, télécoms). Les retards entraînent des travaux inachevés, des équipements manquants ou des sites non libérés.

Absence de modèles d’exploitation

Treize infrastructures, parfois achevées depuis des années, ne disposent pas de modèles de gestion ou d’exploitation, ce qui les rend inutilisables malgré leur achèvement.

Des pertes colossales et des décisions fortes

Ousmane Sonko a dénoncé les pertes énormes engendrées par ces dysfonctionnements, pointant du doigt la négligence, le laxisme et la roublardise comme responsables des retards. Pour y remédier, il a annoncé :

  • La création d’un comité dédié à la Primature pour finaliser et approfondir l’inventaire des infrastructures.
  • Une demande de complément d’inventaire, jugeant le bilan actuel incomplet.
  • L’obligation pour les services concernés de anticiper les problèmes de raccordement (réseaux hydrauliques et électriques) dès la conception des projets.

Le Premier ministre a insisté sur l’inadmissibilité de construire des infrastructures sans prévoir leur exploitation future, une lacune majeure selon lui. Il a appelé à une tolérance zéro face à ces pratiques, soulignant l’urgence de réformer les processus pour éviter le gaspillage des ressources publiques.