13 mai 2026

Venance Konan et les mutations du panafricanisme actuel

Alors que la justice en Afrique du Sud doit prochainement statuer sur le cas de Kémi Séba, interpellé mi-avril alors qu’il tentait de gagner clandestinement le Zimbabwe, l’écrivain Venance Konan s’interroge sur la légitimité de cet activiste en tant que figure de proue du panafricanisme. Avec ses 1,5 million de followers, l’homme est une vedette du web, mais son parcours interroge sur l’évolution de ce courant idéologique.

Kémi Séba devant la cour de Pretoria, le 20 avril.

L’arrestation de Stellio Gilles Robert Capo Chichi, plus connu sous le nom de Kémi Séba, a révélé une alliance pour le moins surprenante. Le militant d’origine béninoise, voyageant avec un passeport diplomatique du Niger, était accompagné de son fils et de François Van der Merwe, un activiste sud-africain défendant des thèses suprémacistes blanches. Cette collaboration entre un héraut du panafricanisme et un nostalgique de l’apartheid soulève de nombreuses questions.

Président de l’organisation Urgences panafricanistes, Kémi Séba s’est illustré par des discours radicaux contre la France, le franc CFA et des sorties antisémites. Ces positions lui ont valu la perte de sa nationalité française. Aujourd’hui, il est visé par un mandat d’arrêt international émis par le Bénin, où il est accusé d’incitation à la révolte et d’apologie de crimes contre l’État suite à son soutien public à une tentative de coup d’État.

Les nouveaux visages de l’influence en Afrique francophone

Aux côtés de Franklin Nyamsi et Nathalie Yamb, Kémi Séba forme un trio influent qui fustige la présence française tout en se faisant le relais de la diplomatie russe. Ils soutiennent activement les régimes militaires de l’Alliance des États du Sahel (AES), dirigés par Assimi Goïta au Mali, Ibrahim Traoré au Burkina Faso et Abdourahamane Tiani au Niger. Cette posture interroge : le panafricanisme moderne consiste-t-il à troquer une influence occidentale contre une tutelle russe, tout en validant des régimes hostiles aux principes démocratiques ?

Historiquement, le panafricanisme est une quête d’émancipation et d’unité pour les populations africaines et leur diaspora. Ce mouvement, porté au 20e siècle par des figures comme Kwame Nkrumah ou Patrice Lumumba, visait l’autodétermination et la dignité du continent. La FEANF, en France, a longtemps été le creuset de ces aspirations avant sa dissolution en 1980.

De l’espoir unitaire aux réalités des micro-nationalismes

Malgré la création de l’OUA (devenue l’Union africaine) et des projets comme le NEPAD, l’idéal d’une Afrique unifiée s’est souvent heurté aux égoïsmes nationaux et aux conflits internes. Aujourd’hui, si de nombreux partis politiques, du PPA-CI de Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire au PASTEF au Sénégal, se revendiquent panafricanistes, la réalité du terrain est marquée par des tensions persistantes entre voisins et des crises de xénophobie, notamment en Afrique du Sud.

Le discours porté par les activistes actuels semble parfois s’éloigner des intérêts réels des populations. En se mettant au service d’intérêts étrangers et en soutenant des régimes restrictifs, ces figures médiatiques s’exposent à des critiques sévères. Venance Konan souligne que ce panafricanisme de façade, teinté d’opportunisme, ne doit pas occulter l’urgence absolue pour l’Afrique de construire une union solide et authentique face aux défis mondiaux.