28 avril 2026

Vaccin contre le vph au Mali : une révolution pour la santé des femmes

vaccin contre le vph au Mali : une révolution pour la santé des femmes

Une avancée historique pour la santé publique au Mali : le pays a intégré le vaccin contre le papillomavirus humain (VPH) dans son calendrier de vaccination nationale dès novembre. Lors d’une cérémonie officielle à Bamako, en présence de responsables gouvernementaux et de partenaires internationaux comme Gavi, l’importance de cette initiative a été soulignée. Elle représente un tournant décisif dans la lutte contre le cancer du col de l’utérus, une maladie dévastatrice pour les femmes maliennes.

En protégeant des milliers de jeunes filles chaque année, cette mesure pourrait réduire de près de 90 % les cas de cancer du col de l’utérus et éviter plus de 3 600 décès annuels chez les femmes.

le cancer du col de l’utérus, un fléau méconnu mais dévastateur

Au Mali, le cancer du col de l’utérus est la deuxième cause de mortalité par cancer chez les femmes âgées de 15 à 44 ans. Causé par une infection persistante par certains types de VPH, cette maladie est souvent diagnostiquée trop tardivement, en raison de barrières médicales et de tabous culturels persistants.

Fatoumata, une femme de 38 ans, en a fait les frais : « J’avais d’abord un fibrome, que j’ai tardé à soigner. Ce n’est qu’en présence de saignements que j’ai finalement consulté. Après l’opération, j’ai développé des pertes anormales. Mon gynécologue a diagnostiqué un cancer du col de l’utérus. Les frais de traitement se sont élevés à plus de 5 millions de francs CFA, dont 2 millions pour l’intervention seule. » Son témoignage illustre les défis auxquels sont confrontées de nombreuses Maliennes face à cette maladie.

les obstacles à un diagnostic précoce

Plusieurs facteurs aggravent la situation :

  • l’accès limité aux soins : les structures médicales sont souvent éloignées, et les coûts des traitements sont prohibitifs pour une grande partie de la population.
  • les croyances culturelles : certaines maladies sont perçues comme des malédictions ou des sorts, retardant la recherche de soins. Une militante pour la santé reproductive explique : « Certaines femmes associent le cancer du col de l’utérus à des sorts lancés par une coépouse ou un ancien partenaire. »
  • la stigmatisation : la honte empêche les femmes d’aborder ouvertement leurs symptômes, aggravant leur isolement.

une solution prometteuse : le vaccin contre le vph

Face à cette crise sanitaire, le gouvernement malien a franchi une étape majeure en rendant le vaccin contre le VPH accessible gratuitement aux jeunes filles. Cette initiative, soutenue par Gavi et cofinancée par l’État, vise à protéger plus de 320 000 jeunes Maliennes chaque année.

Le Dr Ibrahima Diarra, directeur du Centre National d’Immunisation du Mali, souligne : « Une seule dose suffit pour immuniser une fillette de 10 ans contre les virus responsables de 70 % des cancers du col de l’utérus pendant plus de dix ans. » Le choix de vacciner les filles de 10 ans repose sur des critères scientifiques : leur col est encore sain, et elles n’ont pas encore été exposées au virus par voie sexuelle, garantissant ainsi une efficacité maximale.

La ministre de la Santé, le Colonel Assa Badiallo Touré, inocule la première dose du vaccin anti-VPH au Mali. Crédit : Aliou Diallo
La ministre de la Santé, le Colonel Assa Badiallo Touré, inocule la première dose du vaccin anti-VPH au Mali. Crédit : Aliou Diallo

Cette stratégie s’aligne sur les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui préconise la vaccination des jeunes filles de 9 à 14 ans. Avec cette mesure, le Mali devient l’un des premiers pays sahéliens et le premier pays soutenu par Gavi dans la catégorie des pays fragiles à introduire ce vaccin, marquant ainsi une avancée significative pour la santé publique.

réduire les inégalités et sauver des vies

Le cancer du col de l’utérus tue chaque jour des milliers de femmes, principalement dans les pays à faible revenu. En 2022, on dénombrait 348 000 décès dans le monde, dont 90 % dans ces pays. En rendant le vaccin accessible, le Mali fait un pas vers l’équité en santé, en offrant une protection à toutes les jeunes filles, qu’elles vivent en zone urbaine ou rurale.

Le Dr Diarra ajoute : « Le coût d’une dose de vaccin s’élève à environ 150 000 FCFA dans le privé. Grâce à l’appui de Gavi et au cofinancement de l’État, ce vaccin est désormais gratuit dans le cadre du programme national de vaccination. » Cette initiative permet non seulement de sauver des vies, mais aussi de réduire les dépenses de santé liées aux traitements coûteux de la maladie.

combattre les idées reçues

Malgré les bénéfices évidents de cette campagne, les autorités sanitaires maliennes doivent faire face à un défi de taille : la désinformation. Des rumeurs circulent, laissant entendre que le vaccin pourrait affecter la fertilité ou la santé reproductive des jeunes filles. Le Dr Diarra insiste : « Il est crucial de démystifier ces fake news. Ce vaccin est sûr, efficace, et ne présente aucun risque pour la santé des adolescentes. »

La ministre de la Santé, le Colonel Assa Badiallo Touré, a également réaffirmé la sécurité et l’efficacité du vaccin lors du lancement officiel.

En conclusion, l’introduction du vaccin contre le VPH au Mali représente une victoire majeure pour la santé des femmes. En brisant le cycle de cette maladie grâce à la prévention, le pays montre l’exemple d’un modèle de santé publique centré sur l’équité et la protection des plus vulnérables, assurant ainsi un avenir plus sûr pour les générations futures.