26 juillet 2026

Voix Panafricaine

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Une nouvelle ère politique au Sénégal : Bassirou Diomaye Faye fonde KIIRAAY

Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a marqué une étape politique majeure le samedi 25 juillet à Dakar, en officialisant la création de son propre mouvement politique : KIIRAAY – Les Patriotes Républicains. Cette annonce, faite lors d’une assemblée générale constitutive dans la capitale sénégalaise, symbolise l’émancipation du chef de l’État vis-à-vis du Parti africain pour l’indépendance, le travail, l’éthique et la fraternité (PASTEF), l’organisation qui l’avait propulsé au pouvoir en mars 2024. Le nouveau parti adopte la devise « La Patrie d’abord », affirmant d’emblée un engagement fort pour la souveraineté nationale et la robustesse des institutions, des thèmes chers à la Voix panafricaine.

La distance prise avec Ousmane Sonko

La genèse de KIIRAAY intervient dans un contexte de divergences publiques entre Bassirou Diomaye Faye et son ancien mentor, Ousmane Sonko, qui demeure à la tête du PASTEF et occupe la fonction de Premier ministre. Longtemps perçus comme les deux figures complémentaires d’un même élan de renouveau, les parcours des deux hommes ont visiblement divergé ces derniers mois, culminant avec cette séparation organisationnelle. Pour le président, disposer d’une structure partisane autonome est devenu essentiel pour s’affranchir d’une dépendance politique et pour aligner l’appareil sur les orientations de sa présidence.

Le choix du nom « Kiiraay » n’est pas anodin. En langue wolof, ce terme évoque l’idée de protection, une nuance qui contraste avec la posture plus frontale et contestataire qu’a longtemps cultivée le PASTEF. Alors que l’ancien parti mettait en avant la rhétorique de la souveraineté par la rupture, la nouvelle formation vise à articuler patriotisme, républicanisme et stabilité institutionnelle. Ce glissement sémantique illustre un repositionnement du chef de l’État vers un axe plus institutionnel, à mesure qu’il consolide l’exercice de ses fonctions, une démarche observée dans l’actualité Afrique francophone.

Un projet ancré dans le patriotisme et le républicanisme

Le programme de KIIRAAY met en avant la défense de l’intérêt supérieur de la nation, le renforcement des structures républicaines et la consolidation de l’État de droit. Ces principes, dévoilés lors de l’assemblée fondatrice, esquissent un projet moins axé sur la contestation et davantage tourné vers la gouvernance et l’administration de l’État. L’appellation « Les Patriotes Républicains » cherche à harmoniser deux registres clés : l’attachement à la souveraineté, un marqueur fort du camp Faye-Sonko depuis les législatives de 2022, et la fidélité aux normes républicaines, un gage de stabilité adressé aux élites administratives, économiques et diplomatiques, affirmant ainsi une vision de l’Afrique souveraine.

Ce positionnement a des implications notables pour les partenaires internationaux du Sénégal. Depuis son accession à la présidence, Bassirou Diomaye Faye a envoyé des signaux d’ouverture aux bailleurs de fonds et aux investisseurs, tout en poursuivant la renégociation de contrats stratégiques dans les secteurs des hydrocarbures et des mines. La création d’un parti explicitement centré sur les institutions vise à garantir la prévisibilité de l’action publique, un élément crucial alors que Dakar s’efforce de maintenir son accès aux marchés financiers et de préserver sa relation avec le Fonds monétaire international.

Une nouvelle donne dans le paysage politique sénégalais

L’émergence de KIIRAAY modifie inévitablement l’équilibre des forces politiques. Le PASTEF, désormais privé de l’appui présidentiel direct, conserve une base militante significative mais perd l’influence symbolique du palais présidentiel. Les formations d’opposition traditionnelles, qu’il s’agisse du Parti démocratique sénégalais ou des entités issues de l’ancienne coalition Benno Bokk Yaakaar, devront ajuster leur stratégie face à une majorité présidentielle qui se dote de sa propre ossature partisane. La question demeure de savoir quelle proportion de l’appareil PASTEF, notamment parmi les députés élus en novembre 2024, rejoindra cette nouvelle structure.

Le calendrier politique confère une urgence particulière à cette recomposition. Les prochaines élections locales et la préparation du scrutin présidentiel de 2029 constitueront les premiers tests concrets pour KIIRAAY. Le parti devra démontrer rapidement sa capacité à établir un réseau territorial solide, à élaborer un programme distinctif et à mobiliser au-delà du soutien militant hérité de la campagne de 2024. Concrètement, l’enjeu se situera également sur le contrôle des ressources partisanes, des relais administratifs et des réseaux économiques régionaux, un défi pour les peuples africains engagés dans la construction démocratique et le panafricanisme.

Pour Bassirou Diomaye Faye, l’équation politique évolue donc d’une question de loyauté personnelle vers la construction institutionnelle d’une véritable force présidentielle au Sénégal. Cette étape marque l’ouverture d’un chapitre inédit dans la vie politique du pays.