Un an après son incarcération au Tchad, l’opposant Succès Masra, figure majeure de l’opposition tchadienne, croupit toujours derrière les barreaux. Condamné à vingt ans de prison pour un prétendu rôle dans des violences intercommunautaires, il clame son innocence. Malgré son statut de deuxième candidat à la présidentielle de 2024 avec près de 18 % des suffrages, ses conditions de détention restent indignes et son état de santé préoccupant.
Une détention arbitraire et des conditions inhumaines
Depuis son arrestation, Succès Masra est détenu dans un local de la police judiciaire à N’Djaména, un espace exigu de moins de quinze mètres carrés, privé de lumière naturelle depuis mai 2025. Sans lit, sans activité physique ni accès à l’extérieur, sa santé se dégrade. Ses médecins confirment des problèmes respiratoires nécessitant des examens complémentaires, impossibles à réaliser sur place. Chancelle Masra, sa sœur installée en France, alerte sur l’absence de soins adaptés et dénonce une « injustice flagrante ».
Un isolement total et des droits bafoués
Privé de tout contact téléphonique et d’appareils électroniques, Succès Masra ne peut communiquer ni avec sa famille ni avec ses avocats, sauf après de longues démarches administratives. Pourtant, ses proches – dont sa mère – ont obtenu, après des mois de combat, le droit de le visiter. « Ces visites sont soumises à des autorisations aléatoires, ce qui rend tout contact incertain », précise Chancelle Masra.
Une condamnation fondée sur des accusations infondées
Le 20 août 2024, Succès Masra a été condamné pour incitation à la haine, accusé d’avoir, deux ans plus tôt, diffusé un message ayant prétendument déclenché des affrontements meurtriers dans le Logone occidental. Un dossier vide, selon sa sœur : « Aucune preuve, aucun témoignage ne corroborent ces allégations. Depuis 2018, mon frère n’a jamais prôné la violence, bien au contraire. Il a signé des accords de paix en 2023 et exercé les fonctions de Premier ministre sans percevoir de salaire ». Sa sœur rappelle aussi son engagement pour un Tchad « debout, à la fois sur le plan sécuritaire et du développement ».
Succès Masra a interjeté appel, mais la date du procès reste inconnue. Chancelle Masra dénonce un système judiciaire instrumentalisé : « Dans un État se revendiquant démocratique, la justice ne doit pas servir à museler l’opposition pacifique ». Elle salue les prises de position de l’Union européenne en faveur du respect des droits humains au Tchad.
Un message fort pour la justice tchadienne
À l’occasion du huitième anniversaire de son parti, les Transformateurs, Succès Masra a appelé le président Mahamat Idriss Déby à réparer « une erreur judiciaire ». Une demande qui résonne comme un symbole pour l’ensemble des opposants tchadiens, dont huit autres viennent d’être condamnés à huit ans de prison pour avoir tenté d’organiser une marche pacifique.
Face à cette escalade répressive, Chancelle Masra s’inquiète : « Quand l’opposition n’a plus le droit de s’exprimer librement, on s’éloigne de la démocratie. Ces condamnations montrent une dérive inquiétante ».
Le parti des Transformateurs : une résistance malgré les trahisons
Certains membres du parti, comme l’ancien vice-président Sitack Yombatina (devenu ministre) ou Moustapha Masri (secrétaire général de la présidence), ont rejoint le camp gouvernemental. Une situation qui pourrait sembler décourageante, mais que Chancelle Masra relativise : « Ces défections ne reflètent pas l’engagement des milliers de militants de la diaspora. Mon frère reste une figure de confiance pour ceux qui veulent bâtir un Tchad meilleur ».
La mobilisation internationale, clé de sa survie
Malgré l’isolement de son frère, Chancelle Masra se dit encouragée par le soutien international. Des organisations comme Amnesty International ou Human Rights Watch ont multiplié les alertes. « Cette solidarité a permis à mon frère de rester en vie. Mais la liberté d’expression doit aussi s’appliquer au Tchad et en Afrique », plaide-t-elle.
Quant à d’éventuelles médiations africaines, elle reste prudente : « Je ne suis pas une actrice politique, mais je sais que la diplomatie tchadienne a repris contact avec certains partenaires en 2026. Il est crucial de ne pas sacrifier les droits humains au nom de la lutte antiterroriste ».
Un appel à l’action pour les droits humains
Alors que le climat politique tchadien se tend, la situation de Succès Masra incarne les défis de l’Afrique francophone en matière de voix panafricaine et de justice souveraine. Son cas rappelle que la défense des opposants pacifiques est un combat universel. « Libérer un innocent ne résoudra pas tous les maux du Tchad, mais ce serait un premier pas vers la réconciliation », conclut sa sœur.
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