10 juin 2026

Voix Panafricaine

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Souveraineté populaire en RDC : un débat au cœur des réformes constitutionnelles

Un texte historique pour encadrer les référendums en RDC

Deux décennies après l’adoption de la loi référendaire de 2005, les parlementaires congolais ont validé un nouveau projet de loi visant à préciser les modalités d’organisation des référendums, en particulier dans le cadre de réformes constitutionnelles. Ce texte, au cœur des débats politiques actuels, pourrait redéfinir l’équilibre entre pouvoir exécutif et expression citoyenne.

Bâtiment du Parlement de Kinshasa

Souveraineté populaire ou manœuvre politique ?

Le projet de loi divise profondément l’échiquier politique congolais. Les détracteurs du texte dénoncent une tentative de contourner les limites constitutionnelles pour permettre au président Félix Tshisekedi de briguer un troisième mandat. D’autres y voient, en revanche, une avancée majeure pour institutionaliser la volonté populaire.

Parmi les partisans de la réforme, des juristes comme Maria Eloyi affirment que « la Constitution, bien qu’elle soit l’œuvre des représentants, ne peut être modifiée que par la voix du peuple, exprimée à travers un référendum. C’est le seul moyen légitime de garantir la souveraineté populaire. Aucun changement ne peut s’imposer sans ce recours. »

Cette position trouve un écho chez certains citoyens. Placide Lukeka, jeune habitant de Kinshasa, partage cette vision : « J’attends cette initiative depuis longtemps. Le changement de Constitution n’est pas qu’une question de pouvoir, mais d’avenir pour notre pays. Une nouvelle République pourrait enfin répondre aux attentes de tous. »

Des priorités nationales négligées ?

À l’inverse, des voix s’élèvent pour critiquer l’opportunité même du débat. Ange Aloki, militante de la société civile, s’interroge : « Pourquoi consacrer tant d’énergie à cette réforme alors que le pays fait face à des crises majeures ? Les besoins urgents de la population sont ailleurs. Et les dirigeants, où étaient-ils passés avant de s’emparer de ce sujet à deux ans des élections ? »

Un enjeu juridique complexe

Au-delà des clivages politiques, la question du référendum soulève un débat juridique épineux. Plusieurs constitutionnalistes estiment que la souveraineté populaire ne peut s’exercer en dehors du cadre tracé par la Constitution elle-même.

Godefroy Mwanabwato, avocat à la cour d’appel de la Tshopo, met en garde : « La Cour constitutionnelle aura la lourde tâche de vérifier la conformité de ce texte. Elle devra écarter toute disposition dépassant les prérogatives du législatif en matière de référendum. »

Face à cette loi, l’opposition a choisi la contestation. Ses députés ont boycotté les débats parlementaires, tandis que ses leaders appellent à une mobilisation citoyenne, avec une ville morte organisée le 3 juin et un sit-in prévu le 13 juin.