13 mai 2026

Sénégal : le rapport 2025 de la CENTIF met en lumière la vigilance financière

La Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF) du Sénégal a dévoilé son rapport d’activités pour l’année 2025, une évaluation annuelle qui dresse un bilan exhaustif de la lutte menée contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Ce document, rendu public sous la direction de son président Cheikh Mouhamadou Bamba Siby, positionne la vigilance financière comme un pilier fondamental de la souveraineté nationale. Pour Dakar, la solidité du système financier est désormais une condition sine qua non pour sa crédibilité sur la scène internationale et pour sa résilience budgétaire.

La CENTIF : acteur clé de la stratégie anti-blanchiment du Sénégal

Instituée en vertu des engagements pris par le Sénégal au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), la CENTIF représente le maillon opérationnel essentiel du dispositif national de lutte contre la criminalité financière. Elle est chargée de collecter, d’analyser et de transmettre aux autorités judiciaires les déclarations de soupçon provenant des banques, des compagnies d’assurance, des professions juridiques et des opérateurs de transfert d’argent. Sa mission s’inscrit dans le cadre défini par le Groupe d’action financière (GAFI) et son organisme régional, le GIABA, qui procèdent à des évaluations régulières de la conformité des États membres aux normes internationales.

Le rapport 2025 met en exergue une augmentation notable des signalements émanant des entités non bancaires, témoignant d’une expansion progressive de la culture de conformité. Néanmoins, les établissements de crédit demeurent les principaux fournisseurs de déclarations, dans un paysage financier sénégalais marqué par la croissance fulgurante de la monnaie électronique et des fintechs. Cette diversification des canaux de paiement complexifie le suivi des flux et exige de la CENTIF une adaptation technologique constante.

Enjeux de souveraineté pour la finance sénégalaise face aux normes mondiales

La publication de ce rapport intervient dans un contexte régional délicat. Plusieurs juridictions ouest-africaines figurent toujours sur les listes de surveillance renforcée du GAFI, entraînant une hausse du coût du crédit transfrontalier et une prudence accrue de la part des correspondants bancaires internationaux. Pour le Sénégal, l’objectif de se maintenir et de rester en dehors de ces listes grises est un enjeu direct pour le financement de son économie, à un moment où le pays cherche à mobiliser des capitaux pour ses projets stratégiques dans les secteurs gazier, infrastructurel et numérique.

Cheikh Mouhamadou Bamba Siby souligne dans le document le lien intrinsèque entre la vigilance financière et la souveraineté. L’argumentaire est limpide : un État qui ne maîtrise pas la cartographie de ses flux financiers s’expose à la captation de ses ressources par des réseaux opaques, qu’il s’agisse de fraude fiscale aggravée, de corruption ou du financement de groupes armés actifs dans la région du Sahel. La CENTIF se positionne ainsi comme un instrument vital de protection des recettes publiques, au-delà de sa fonction technique de renseignement.

Collaboration internationale et obstacles pour la CENTIF

Le rapport insiste sur l’intensification des échanges avec les cellules homologues de la sous-région et du groupe Egmont, un réseau mondial qui regroupe plus de 160 unités de renseignement financier. Cette coopération permet de traiter des dossiers à portée transfrontalière, notamment pour les affaires impliquant des sociétés-écrans domiciliées hors d’Afrique de l’Ouest. La CENTIF fait également état d’un renforcement de ses partenariats avec la justice sénégalaise, le pôle judiciaire financier et l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (OFNAC).

Cependant, les défis opérationnels demeurent considérables. La cellule est confrontée à une augmentation continue du volume des déclarations, sans toujours disposer des ressources humaines et numériques adéquates. La professionnalisation des analystes, l’acquisition d’outils d’analyse de données massives et la formation des entités assujetties aux nouvelles typologies de blanchiment, notamment celles utilisant les crypto-actifs, figurent parmi les priorités identifiées pour les exercices à venir.

Au-delà de son bilan chiffré, le rapport 2025 vise également à influencer le débat public. En établissant un lien explicite entre intégrité financière et souveraineté, la CENTIF cherche à convaincre l’exécutif et le législateur de la nécessité d’un soutien budgétaire accru. Le message s’adresse également aux acteurs privés, les invitant à percevoir la conformité non pas comme une contrainte réglementaire, mais comme un investissement essentiel dans la stabilité de leur environnement d’affaires.