13 mai 2026

Sénégal : la répression de l’homosexualité s’intensifie, la communauté lgbtq+ sous haute tension

Des centaines d’hommes ont été appréhendés ces dernières semaines au Sénégal, certains subissant même des lynchages publics. La législation sénégalaise contre l’homosexualité a été considérablement renforcée, exposant désormais les personnes concernées à des peines pouvant aller jusqu’à dix ans d’emprisonnement.

Le 13 février 2026, au cœur de Dakar, une scène alarmante s’est déroulée : un individu a été interpellé par la gendarmerie sous les huées de la foule. Ses voisins l’accusaient d’être « góor-jigéen », terme wolof signifiant « homme-femme » et désignant une personne homosexuelle. Ce type d’incident se multiplie à travers le pays, avec plus d’une centaine d’arrestations recensées récemment. Dans certains cas, des individus ont été violemment agressés par la population en raison de leur orientation sexuelle présumée.

Face à cette traque, les personnes homosexuelles vivent dans la clandestinité. Un homme, s’exprimant sous couvert d’anonymat à l’équipe de France Télévisions, a décrit cette existence : « À tout moment, tu te dis qu’on peut venir t’attraper. Tu ne peux pas vivre. Tu es obligé de vivre caché de tout le monde. Ça fait chier, ce n’est pas une vie. Avoir peur tout le temps, ce n’est pas possible. » Il a confié avoir rompu tout lien social depuis le début de cette période de répression.

Ironiquement, pour beaucoup, une arrestation est perçue comme une alternative préférable à la violence populaire ou aux lynchages fomentés par des rumeurs. L’homme interviewé déplore : « C’est de la haine. On les a nourris comme ça. On leur a fait croire qu’il faut détester un homosexuel pour être plus croyant. Que si tu tues un homosexuel, tu vas aller au paradis. Que tu aimes les femmes ou tu aimes les hommes, c’est un truc personnel, ça ne concerne que toi et Dieu. »

Une loi controversée aux conséquences dévastatrices

Un ressortissant français, ingénieur d’une trentaine d’années résidant à Dakar, a également été arrêté mi-février à son domicile. La police a diffusé une photo le montrant aux côtés de trois autres suspects. Il demeure incarcéré, et ni sa famille ni son avocat n’ont souhaité s’exprimer, craignant des représailles. Ses proches sont profondément choqués. « Ça nous a beaucoup choqués. Et après, quand on a pris les circonstances de l’arrestation, ça nous a choqués encore plus. Parce qu’en fait, ils ont frappé à la porte, il a ouvert, ils l’ont chopé. Voilà la tactique qu’ils utilisent, qui est en fait, la rafle », a témoigné l’un de ses amis.

Le Sénégal, dont 95% de la population est musulmane, a toujours manifesté un rejet profond de l’homosexualité. Bien qu’une loi de 1966 sanctionnait déjà les actes homosexuels, elle était rarement appliquée. Le nouveau gouvernement a introduit un texte bien plus sévère, bénéficiant du soutien unanime des députés. Une parlementaire a déclaré : « Les homosexuels ne respireront plus dans ce pays. » Un autre a dénoncé : « Nous considérons que les valeurs LGBTQ constituent un poison culturel savamment inoculé dans notre peuple. »

Désormais, les actes homosexuels sont passibles d’une peine de cinq à dix ans de prison ferme. Nicolas Bertrand, de France Télévisions Afrique, a souligné la portée de cette mesure : « Cette loi ultra-répressive a été adoptée à l’unanimité : 135 voix pour, 0 voix contre. Il y a aussi eu trois élus qui se sont abstenus, mais pas parce qu’ils étaient opposés au texte, bien au contraire, ils demandent des peines encore plus dures contre les homosexuels. »

L’accès aux traitements VIH menacé : une crise sanitaire en perspective

Face à cette vague d’homophobie, des voix s’élèvent pour appeler à la raison. Le docteur Safiathou Thiam, secrétaire exécutive du Conseil national de lutte contre le SIDA au Sénégal, est l’une d’elles. La nouvelle loi criminalise également l’aide apportée aux personnes homosexuelles, ce qui préoccupe les professionnels de la santé travaillant avec les personnes séropositives. « Soigner quelqu’un de séropositif, qu’il soit homosexuel ou non, c’est quelque chose qui relève de notre devoir de médecin. Nous n’avons pas le droit de baisser les bras. Ce sont des personnes qui comptent sur nous. Donc, nous devons continuer à les soigner. C’est très compliqué pour nous », a-t-elle expliqué, se disant « inquiète » mais « confiante » dans un éventuel retour à la raison.

Les menaces actuelles poussent de nombreux homosexuels porteurs du VIH à ne plus se présenter pour leurs traitements, craignant d’être arrêtés. Cette situation fait redouter aux experts une résurgence significative de l’épidémie de SIDA au Sénégal, annulant des années d’efforts en matière de santé publique.