Un événement politique d’une ampleur inédite secoue le Sénégal et l’ensemble de la sous-région ouest-africaine. Le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a officiellement mis fin aux fonctions de son Premier ministre et ex-mentor politique, Ousmane Sonko. Cette décision majeure entraîne la dissolution immédiate de l’exécutif et marque la fin brutale du binôme qui a dirigé le pays depuis l’alternance d’avril 2024.
L’officialisation d’une rupture au sommet de l’État
L’onde de choc s’est propagée à travers la publication d’un acte officiel décisif. Le chef de l’État a signé le décret présidentiel numéro 2026-1128, mettant un terme immédiat aux responsabilités d’Ousmane Sonko à la tête du gouvernement. Pour acter cette séparation, Bassirou Diomaye Faye s’est appuyé rigoureusement sur les prérogatives conférées par la Loi fondamentale sénégalaise, citant spécifiquement les articles 42, 43, 53 et 56 de la Constitution.
Ce cadre juridique consacre le président de la République comme le gardien de la Constitution, le garant du fonctionnement régulier des institutions et lui attribue le pouvoir discrétionnaire de nommer et de révoquer le Premier ministre. L’article premier du décret stipule sans ambiguïté qu’« il est mis fin aux fonctions de M. Ousmane Sonko, Premier ministre de la République du Sénégal ».
En vertu de l’article 2, l’application de cette décision est immédiate. Par un effet de cascade constitutionnelle, le départ du chef du gouvernement entraîne automatiquement la démission de l’ensemble des ministres et des secrétaires d’État. Le décret précise toutefois que les membres du cabinet sortant sont chargés d’expédier les affaires courantes en attendant la nomination d’un nouvel attelage ministériel.
« Diomaye, c’est Sonko » : le parcours d’un tandem singulier
Pour saisir toute la portée de ce bouleversement, il est essentiel de rappeler la nature fusionnelle et unique de la relation qui liait les deux hommes. Ousmane Sonko, leader charismatique du parti PASTEF, avait érigé une opposition farouche au régime de Macky Sall. Face à l’acharnement judiciaire et à sa disqualification définitive de la course présidentielle par le Conseil constitutionnel début 2024, Sonko avait opéré un choix stratégique audacieux.
Alors qu’ils partageaient la même cellule de prison à la suite de vagues d’arrestations politiques, Ousmane Sonko avait désigné son secrétaire général et plus fidèle lieutenant, Bassirou Diomaye Faye, comme le candidat de substitution du projet de rupture systémique.
Porté par le slogan emblématique « Diomaye, c’est Sonko », le candidat de substitution était devenu le réceptacle de la ferveur populaire adossée au leader du parti. Libérés à la faveur d’une loi d’amnistie à quelques jours du scrutin, les deux hommes avaient mené une campagne éclair, conduisant Bassirou Diomaye Faye à une victoire triomphale dès le premier tour le 24 mars 2024.
Dès sa prestation de serment le 2 avril 2024, le tout jeune président avait nommé Ousmane Sonko au poste de Premier ministre par le décret n°2024-921. Pour la première fois dans l’histoire politique africaine, un mentor politique devenait le subordonné institutionnel de son propre poulain, installant une gouvernance bicéphale inédite.
Les germes de la discorde : de la fusion à la friction
Si l’illusion d’une harmonie parfaite a longtemps été entretenue à coups de déclarations publiques, l’exercice du pouvoir d’État a rapidement révélé les limites de ce fonctionnement à deux têtes, faisant s’entrechoquer deux visions subtilement divergentes au fil des mois.
D’un côté, Ousmane Sonko a conservé son ADN de théoricien souverainiste et de tribun, multipliant les prises de parole directes et tranchées sur les dossiers internationaux, la révision des contrats miniers et pétroliers, ou la rupture avec les partenaires traditionnels, incarnant une certaine vision de l’Afrique souveraine. De l’autre, le président Faye s’est retrouvé directement confronté au principe de réalité de la gestion macroéconomique, de la diplomatie régionale et de la nécessité absolue de rassurer les marchés financiers.
Les premières fissures visibles sont d’ailleurs apparues lors du réajustement du 6 septembre 2025, matérialisé par la signature du décret n°2025-430 fixant la nouvelle composition du gouvernement, un remaniement qui, loin d’apaiser les tensions, a mis en lumière des luttes d’influence internes pour le contrôle des ministères régaliens entre les fidèles de la première heure du Premier ministre et les technocrates promus par le chef de l’État.
En somme, cette cohabitation politique entre un président de la République qui détient la légitimité constitutionnelle et un chef de gouvernement qui incarne la légitimité populaire historique a ravivé le complexe du « faiseur de roi », créant un équilibre hautement instable où l’ombre constante d’Ousmane Sonko sur les décisions présidentielles a fini par poser frontalement la question de l’autorité réelle au sommet de la République.
Quelles perspectives pour le Sénégal ?
Ce limogeage plonge le pays dans une configuration politique totalement inconnue. En reprenant l’intégralité du contrôle de l’appareil d’État par ce geste d’autorité, le président Bassirou Diomaye Faye s’affranchit définitivement de la tutelle morale de son ancien leader. Il assume désormais seul la plénitude de sa fonction présidentielle.
La grande inconnue réside à présent dans la posture qu’adoptera Ousmane Sonko. Le leader de PASTEF choisira-t-il le silence, une rupture de velours ou le retour à une opposition frontale, fort de sa base électorale toujours très active ? La composition du prochain gouvernement, attendue dans les prochaines heures, donnera de précieux indices sur la nouvelle direction que le président Faye souhaite donner à son mandat.
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