20 mai 2026

Voix Panafricaine

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Représentativité des femmes au Sénégal : le rfl d exige une démocratie inclusive

Le Réseau des femmes leaders pour le développement (RFLD) a marqué un tournant en défendant, lors d’un séminaire tenu à Dakar, l’idée que le Sénégal ne saurait atteindre ses ambitions sans une représentativité féminine accrue dans les instances décisionnelles. L’événement, organisé par cette organisation panafricaine active au Sénégal, au Ghana, en Gambie et au Bénin, a réuni des acteurs clés pour interroger la place des femmes dans la vie politique sénégalaise.

« Une démocratie ne se construit pas sans l’apport des femmes » a souligné Bator Seck, présidente du RFLD au Sénégal, lors de son allocution. Elle a rappelé que l’avenir du pays dépend de leur pleine intégration dans les processus décisionnels. « Il ne s’agit plus de construire pour les femmes, mais avec elles », a-t-elle insisté, avant d’ajouter : « Leur sous-représentation dans les sphères politiques prive le pays d’un potentiel immense. »

Le séminaire, dédié à la participation politique des femmes, a également mis en lumière les actions du RFLD. L’organisation milite pour des réformes législatives, l’autonomisation des communautés locales et le financement d’initiatives portées par des femmes. Ses champs d’intervention couvrent les droits fondamentaux, la santé reproductive, l’espace civique et la justice climatique.

Un pays en recul malgré ses avancées

Bien que le Sénégal soit souvent cité comme un modèle en Afrique de l’Ouest pour ses avancées en matière d’égalité des sexes — avec la loi sur la parité de 2010, la Constitution de 2001 garantissant l’égalité entre les genres et la ratification de conventions internationales — Bator Seck a pointé du doigt un recul inquiétant.

Les élections législatives anticipées de 2024 ont révélé une baisse de la représentation féminine à l’Assemblée nationale, passant de 44,2 % à 41 %. Pire encore, seulement 13 % des têtes de listes étaient des femmes. « Ces chiffres montrent que les obstacles structurels persistent », a-t-elle dénoncé. Elle a également souligné la faible présence féminine dans les collectivités locales : seulement 18 communes sur 558 sont dirigées par des femmes, et trois femmes président les 43 conseils départementaux.

Pour Bator Seck, ces chiffres reflètent des inégalités profondes, qu’elles soient culturelles, économiques ou médiatiques. « L’accès au pouvoir, aux financements et à la visibilité reste un défi majeur pour les femmes », a-t-elle analysé.

Les femmes, piliers invisibles du développement sénégalais

Malgré ces constats, Bator Seck a tenu à saluer le rôle central des femmes sénégalaises dans la société. « Elles sont au cœur de l’économie locale, de l’éducation, des luttes sociales et de la consolidation de la paix », a-t-elle rappelé. Leur engagement contribue directement à la résilience et à la prospérité du pays.

Une représentante du ministère de la Famille a également souligné que la participation politique des femmes est un levier de développement durable. Elle a insisté sur son impact positif sur la stabilité sociale et la bonne gouvernance, qualifiant leur implication de stratégique pour l’avenir du Sénégal.

Fatoumata Guèye Ndiaye, présidente d’honneur de l’Association des juristes sénégalaises, a quant à elle appelé à une révision de la loi sur la parité. Son plaidoyer vise à élargir la présence des femmes dans les postes exécutifs et à renforcer leur leadership au sein des partis politiques. « Il est temps d’agir concrètement pour briser les plafonds de verre », a-t-elle conclu.