Une plume burkinabè à l’honneur : Roukiata Ouedraogo, entre humour et engagement
Dans le cadre d’une série littéraire inédite, Ouagadougou accueille un grand entretien avec une figure incontournable des lettres et du spectacle : Roukiata Ouedraogo, auteure, humoriste et comédienne franco-burkinabè. Cette rencontre intimiste, filmée dans sa ville natale, révèle les facettes multiples de son parcours artistique et de sa personnalité.
« Je suis une autrice, une humoriste et une comédienne. Mon identité se tisse entre le Burkina Faso et la France, où j’ai posé mes valises au début des années 2000. Mon parcours s’est construit autour du théâtre, de l’écriture, de l’humour, mais aussi de l’engagement. » Ces mots, extraits de son autoportrait, résument la richesse de son parcours.
Roukiata Ouedraogo évoque avec Ouaga presse ses souvenirs d’enfance entre Fada N’Gourma et la capitale, Ouagadougou. Son récit, à la fois drôle et poignant, met en lumière les contrastes de sa jeunesse : la chaleur humaine de ses habitants, les défis climatiques, les réalités sociales comme la corruption ou la pauvreté. Mais au-delà des épreuves, c’est l’amour inconditionnel de sa mère qui transparaît. Cette femme, décrite comme un « roc », a élevé seule ses sept enfants, vendant des galettes au miel pour subvenir à leurs besoins. Ces galettes, symboles de résilience et de douceur, resteront à jamais liées à son enfance et à son pays natal.
Son premier roman, Ouaga presse, est un hommage vibrant à cette période charnière. À travers des anecdotes savoureuses, elle dépeint la vie de quartier, les figures emblématiques comme les braiseurs de poulet ou les coiffeuses de Château-Rouge. Son style, à la fois léger et profond, célèbre l’amitié, la famille, et la différence. L’auteure y exprime également sa nostalgie pour le « Little Africa » parisien, où elle a bâti une nouvelle partie de sa vie.
Dans Du miel sous les galettes, elle approfondit cette relation fusionnelle avec sa mère, figure centrale de son existence. L’écriture de Roukiata Ouedraogo y est à la fois tendre et mordante : elle y raconte l’arrestation de son père, les sacrifices familiaux, mais aussi la force inébranlable de cette femme qui a su préserver l’essentiel. Les galettes au miel, préparées avec amour, deviennent le symbole d’un héritage à la fois culinaire et culturel.
Son talent, reconnu bien au-delà des frontières du Burkina Faso, s’exprime aussi à travers des collaborations musicales. L’illustration sonore de son entretien inclut Ouagadougou de Désiré Sankara, une œuvre qui résonne avec son attachement à sa terre.
Roukiata Ouedraogo incarne cette génération d’artistes qui, entre deux continents, porte une voix panafricaine et francophone. Son parcours, marqué par l’humour, l’engagement et une écriture sans fard, offre un éclairage unique sur les réalités sociales et culturelles du continent. Une rencontre littéraire à ne pas manquer pour comprendre l’âme du Burkina Faso à travers le regard d’une de ses filles les plus brillantes.
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