3 juin 2026

Voix Panafricaine

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RDC : quand les dépenses explosent plus vite que les recettes en 2025

En 2025, la République démocratique du Congo (RDC) se trouve confrontée à un dilemme budgétaire sans précédent. Malgré une collecte fiscale en nette amélioration, le déficit public s’aggrave, victime d’une croissance des dépenses publiques bien supérieure à celle des recettes. Cette situation, devenue récurrente, force Kinshasa à arbitrer entre relance économique, impératifs sécuritaires et engagements contractuels auprès de ses partenaires internationaux.

Une collecte fiscale en progression, mais sous haute tension

Les structures chargées de la mobilisation des ressources en RDC, à savoir la Direction générale des impôts (DGI), la Direction générale des douanes et accises (DGDA) ainsi que la Direction générale des recettes administratives, judiciaires, domaniales et de participations (DGRAD), affichent des résultats encourageants. Cette amélioration s’appuie sur l’élargissement de l’assiette fiscale, l’optimisation des procédures via une digitalisation partielle, et une lutte renforcée contre les circuits parallèles d’exportation, notamment dans les provinces minières du Katanga et du Kivu.

Le contexte mondial joue un rôle clé. La hausse des cours du cuivre et du cobalt, dont la RDC figure parmi les premiers exportateurs mondiaux, a dynamisé les recettes issues du secteur extractif. Toutefois, cette manne reste vulnérable aux fluctuations des marchés et à la montée en puissance des alternatives technologiques dans le domaine des batteries.

Dépenses publiques : la sécurité et les salaires tirent la tendance

Côté dépenses, la pression est bien plus forte. L’engagement des Forces armées de la RDC (FARDC) dans l’est du pays, face aux groupes armés et à l’avancée du M23 au Nord-Kivu, absorbe des moyens colossaux. À cela s’ajoutent les surcoûts liés à l’état de siège, reconduit à plusieurs reprises depuis 2021, qui gonflent le budget de la défense bien au-delà des prévisions initiales.

La masse salariale représente un autre défi majeur. Les augmentations consenties aux enseignants, aux magistrats et à d’autres fonctionnaires, couplées aux embauches dans les secteurs de la défense et de la santé, alourdissent durablement ce poste. Chaque avancée sociale négociée sous pression se traduit par une hausse difficile à contrôler pour les services du budget. Sans compter l’impact des dépenses d’urgence, liées aux inondations répétées et aux déplacements massifs de populations dans l’est du pays.

Les transferts et subventions, en particulier ceux alloués au secteur énergétique pour limiter la hausse des prix des carburants, pèsent également sur le solde budgétaire. Parallèlement, les investissements publics, normalement protégés par la loi-programme, subissent des arbitrages défavorables au profit des dépenses courantes, jugées prioritaires.

Déficit budgétaire : les limites d’une stratégie à bout de souffle

Le fossé entre l’évolution des recettes et l’explosion des dépenses se creuse, obligeant l’État à recourir davantage au financement monétaire et aux emprunts sur le marché intérieur. Une approche déjà critiquée par le Fonds monétaire international (FMI) dans le cadre des évaluations du programme soutenu par la Facilité élargie de crédit. Cette politique exerce une pression sur les taux d’intérêt locaux et fragilise le franc congolais, poussant la Banque centrale du Congo (BCC) à durcir sa politique monétaire pour stabiliser la monnaie.

Autre conséquence préoccupante : l’accumulation d’arriérés de paiement envers les fournisseurs de l’État, mettant en péril la santé financière des PME nationales. Plusieurs entreprises de BTP et de services dénoncent des délais de paiement qui menacent leur survie et sapent la confiance dans les marchés publics.

Pour inverser cette tendance, le gouvernement congolais devra agir sur plusieurs leviers : rationaliser les exonérations fiscales, accélérer la généralisation de la facturation électronique et maîtriser la progression des salaires sans déclencher de nouvelles tensions sociales. La crédibilité du cadre macroéconomique, négocié avec les institutions financières internationales, dépendra de sa capacité à redresser la barre d’ici la fin de l’année. Les indicateurs récents confirment en effet une divergence croissante entre le rythme de collecte des recettes et celui des dépenses, rendant la situation budgétaire de plus en plus intenable.