Le projet phare de contournement de Yaoundé, au Cameroun, attire désormais l’attention d’un acteur international. Ashoka Buildcon Limited, groupe indien spécialisé dans les infrastructures, a soumis une proposition ambitieuse pour cette rocade urbaine évaluée à plus de 1 260 milliards de FCFA, hors taxes. Leur offre, présentée début juin au ministère de l’Habitat et du Développement urbain, combine ingénierie, construction et structuration financière, marquant une avancée significative dans la concrétisation de ce chantier.
Lors des échanges avec les autorités camerounaises, Vinit Chitale, responsable du développement commercial mondial du groupe, a mis en avant un modèle EPC (Ingénierie, Approvisionnement et Construction). Ce dispositif confie à un seul contractant l’ensemble des phases du projet, de la conception à la livraison. Ashoka Buildcon s’engage également à faciliter le montage financier, un enjeu crucial alors que les sources de financement ne sont pas encore totalement sécurisées.
Une infrastructure de 90 km pour fluidifier la circulation dans la capitale camerounaise
D’une longueur totale de 90,54 kilomètres, en configuration 2 × 2 voies, ce contournement traversera plusieurs départements de la région du Centre-Cameroun : Mfoundi, Lékié, Mefou-et-Afamba et Mefou-et-Akono. Son tracé, conçu pour évoluer vers une voie express ou un système de transport collectif en site propre, se divise en quatre sections distinctes : Mbankomo à Nkolméyang, puis Nkozoa, Minkoameyos, avant de revenir à Mbankomo.
Le projet prévoit seize échangeurs, des ouvrages d’art et des aménagements hydrauliques pour renforcer la sécurité du linéaire. Selon les dernières estimations du ministère, le coût de la composante routière s’élève à 794,7 milliards de FCFA, hors taxes. À cela s’ajoutent quatre pôles de développement urbain à viabiliser (Mbankomo, Mfou, Soa et Okola), pour un budget complémentaire de 469 milliards. Le coût global atteint ainsi 1 263,7 milliards de FCFA, hors taxes.
Ces chiffres révèlent l’ampleur de l’investissement : près de 8,8 milliards de FCFA par kilomètre pour la seule infrastructure routière. Avec les pôles urbains, le coût kilométrique atteint environ 14 milliards de FCFA, un niveau qui place ce projet parmi les plus ambitieux de la sous-région.
Le tronçon T3, un chantier test pour les financements européens
En raison des contraintes budgétaires, le gouvernement camerounais a choisi de prioriser le tronçon T3, long de 22,8 kilomètres. Cette section relie Nkozoa (route nationale n°1) à Minkoameyos, à l’entrée de l’autoroute Yaoundé-Douala. Son importance stratégique réside dans sa capacité à capter une partie du trafic de transit avant l’arrivée dans la capitale, réduisant ainsi la pression sur les axes centraux.
L’Union européenne et la Banque européenne d’investissement (BEI) ont déjà affiché leur intérêt pour ce tronçon. Leur participation reste cependant conditionnée à la résolution de plusieurs exigences techniques, environnementales et sociales, notamment les indemnisations, les études d’impact et la finalisation du Plan d’action de réinstallation. L’offre d’Ashoka Buildcon pourrait élargir les options disponibles pour accélérer la réalisation de ce tronçon.
Plusieurs incertitudes persistent : la nature juridique du contrat, les modalités financières, les garanties exigées par l’État camerounais, et la coordination entre le financement européen et la proposition indienne pour les autres sections. Une combinaison entre fonds concessionnels européens et apport indien sur les autres tronçons reste à étudier.
Ashoka Buildcon, un géant indien des infrastructures aux multiples expertises
Ashoka Buildcon Limited est l’un des principaux acteurs indiens dans le domaine des infrastructures routières. Le groupe propose des solutions variées : EPC, partenariats public-privé, modèle BOT (Construire-Exploiter-Transférer) et Hybrid Annuity Model, où l’État prend en charge une partie de l’investissement tandis que l’opérateur gère le solde contre paiement d’annuités. Le groupe est également présent dans les secteurs de l’énergie, du ferroviaire et du bâtiment.
Pour les autorités camerounaises, l’attrait de ce partenaire réside dans sa capacité à proposer une solution intégrée, alliant expertise technique, exécution et financement. Aucun choix définitif n’a encore été arrêté, mais cette proposition s’inscrit dans une démarche proactive pour faire avancer un projet dont la maturité technique contraste avec le retard accumulé sur le plan financier. Le passage du dossier de la planification à la réalisation concrète constituera l’épreuve de vérité pour Yaoundé.
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