31 juillet 2026

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Oléoduc Tchad-Cameroun : 222 milliards de FCFA générés en six ans pour le Cameroun

L’oléoduc Tchad-Cameroun représente une manne financière majeure pour les finances publiques camerounaises. Entre 2020 et 2025, le Trésor public de Yaoundé a engrangé 222,2 milliards de FCFA grâce aux droits de transit perçus sur le pétrole brut tchadien transitant par son territoire avant d’être acheminé vers le terminal de Kribi. Cette somme équivaut à une recette annuelle moyenne de 37 milliards de FCFA, fruit d’un accord commercial scellé entre les deux pays.

Le Tchad, dépourvu de côte maritime, repose entièrement sur cette infrastructure pour exporter sa production pétrolière. Chaque baril transitant par l’oléoduc génère une redevance dont le montant est déterminé par un tarif négocié périodiquement entre Yaoundé et N’Djamena. Ce système, couplé aux volumes transportés et à la parité fixe entre le dollar et le FCFA, détermine l’apport réel de l’ouvrage aux ressources de l’État camerounais.

Une progression spectaculaire des revenus en dix ans

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le Cameroun a perçu 85,5 milliards de FCFA de droits de transit durant les huit premières années d’exploitation de l’oléoduc, soit une moyenne annuelle de 10,7 milliards. Entre 2020 et 2025, le montant s’élève à 222,2 milliards, soit une multiplication par plus de trois de la rente annuelle. Sur une période deux fois plus courte, les recettes récentes dépassent de 136,7 milliards celles des huit premières années. Cette hausse reflète l’impact combiné des révisions tarifaires, des volumes accrus et des fluctuations monétaires.

Pourtant, cette analyse nécessite des nuances. Le rendement de l’oléoduc Tchad-Cameroun dépend de trois facteurs principaux : le tarif unitaire par baril, le volume de brut transporté et le taux de change dollar-FCFA. Sans une ventilation publique détaillée des 222,2 milliards, il est impossible d’évaluer précisément la contribution de chacune de ces variables à l’augmentation observée.

Des revalorisations tarifaires régulières

L’une des clés de cette croissance réside dans les hausses successives du tarif de transit. Initialement fixé à 0,41 dollar par baril lors de la mise en service en 2003, ce tarif a été relevé une première fois en 2013, puis une seconde fois en 2018, pour atteindre 1,321 dollar par baril. En quinze ans, le prix unitaire a donc été multiplié par plus de trois, renforçant mécaniquement les recettes camerounaises sans lien direct avec les volumes transportés.

Une nouvelle révision tarifaire était initialement prévue pour le 1er octobre 2023, conformément aux mécanismes convenus entre les deux États. Cependant, aucun nouveau taux n’a été communiqué à ce jour, laissant planer une incertitude sur l’évolution future des redevances. Ces négociations, récurrentes entre Yaoundé et N’Djamena, constituent un enjeu diplomatique et économique majeur pour les deux parties.

Une comparaison complexe mais révélatrice

Les données historiques doivent être interprétées avec prudence. COTCO, l’opérateur de la portion camerounaise de l’oléoduc, avait annoncé environ 200 milliards de FCFA versés au Trésor entre 2004 et 2013. Toutefois, ce montant intégrait non seulement les droits de transit, mais aussi l’impôt sur les revenus et d’autres taxes payées par la société. Par conséquent, il ne peut être comparé directement aux 222,2 milliards perçus entre 2020 et 2025, qui ne concernent que la redevance de passage. La répartition exacte des droits de transit dans les 200 milliards n’a jamais été rendue publique, rendant la comparaison avec les 85,5 milliards des huit premières années la plus pertinente.

Les chiffres récents confirment la robustesse de cette rente. À la fin mai 2026, le Cameroun avait déjà encaissé 15,1 milliards de FCFA au titre des droits de transit, selon les données du Comité de pilotage et de suivi des pipelines. Bien que ce montant ne présage pas du résultat final de l’exercice, il souligne l’importance stratégique de l’oléoduc Tchad-Cameroun dans les revenus tirés de l’exportation du pétrole tchadien. La publication du nouveau tarif, longtemps attendue depuis octobre 2023, reste un paramètre clé pour anticiper les recettes futures.